Les conséquences de la vague de chaleur exceptionnelle qui a frappé la Belgique à la fin du mois de juin trouvent un écho international. Dans un long reportage, The New York Times donne la parole à plusieurs médecins belges confrontés à une pression sans précédent.
Pour le quotidien américain, la Belgique constitue un avertissement pour le reste de l'Europe. Malgré un système de soins performant, le pays s'est révélé insuffisamment préparé à faire face à une canicule d'une telle intensité. Les services d'urgence ont parfois été débordés, tandis que plusieurs faiblesses structurelles ont particulièrement touché les personnes les plus vulnérables. L'Europe étant le continent qui se réchauffe le plus rapidement, de tels épisodes risquent de se reproduire plus fréquemment.
La Wallonie a été la région la plus durement touchée. Le 28 juin, 313 personnes y sont décédées, soit davantage que lors des journées les plus meurtrières de la pandémie de Covid-19 en 2020. Parmi les plus de 900 décès excédentaires enregistrés entre la mi-juin et le 1er juillet, environ 85 % concernaient des personnes âgées de 65 ans ou plus.
« Des cas jusque-là surtout connus des manuels »
Au CHC MontLégia, à Liège, l'afflux de patients durant le dernier week-end de juin a été tel que les personnes les moins gravement atteintes ont temporairement été installées dans les couloirs afin de permettre aux patients qui ne pouvaient plus être sauvés de mourir dans un minimum d'intimité.
Le médecin urgentiste Arnaud Detroz explique avoir été confronté à des cas sévères d'hyperthermie qu'il rencontrait rarement dans sa pratique. « Dans nos pays, sous nos latitudes, ce type de cas est relativement rare », déclare-t-il au New York Times.
Au Grand Hôpital de Charleroi, le nombre d'ambulances arrivant quotidiennement au service des urgences est passé d'une moyenne de 60 à un maximum de 110. « C'était accablant », témoigne Laurent Peyskens, médecin urgentiste et chef de service adjoint.
Philippe Devos, médecin et directeur général de la fédération Unessa, met en évidence une faiblesse structurelle majeure : selon lui, la moitié des services d'urgence wallons ne disposaient pas de climatisation. Les personnes âgées vivant seules étaient particulièrement vulnérables, tout comme celles disposant de faibles revenus, souvent logées dans des habitations mal ventilées et davantage touchées par des maladies chroniques.
« Il y a des personnes âgées qui vivent isolées, âgées », explique Philippe Devos. « Nous l'avons vu dans les services d'urgence : lorsque les patients arrivaient aux urgences, il était impossible de les sauver. »Jusqu'à dix minutes d'attente avant de joindre les secours.
Les hôpitaux n'ont pas été les seuls à subir une forte pression. Durant le dernier week-end de juin, les services d'aide médicale urgente ont eux aussi été débordés. Des représentants de plusieurs organisations médicales ont tiré la sonnette d'alarme dans une lettre ouverte.
Selon eux, certains appelants ont dû attendre jusqu'à dix minutes avant d'obtenir un opérateur. Le ministre de l'Intérieur Bernard Quintin a ensuite nuancé ces informations, précisant que le temps d'attente moyen était sensiblement plus court et que des renforts avaient été déployés.
Le généraliste bruxellois Pierre-Louis Deudon, l'un des signataires de cette lettre, souligne néanmoins les conséquences potentielles de tels délais. « Si vous devez attendre dix minutes lorsque vous faites un AVC ou un infarctus, c'est un problème majeur. »
« Les mentalités à l'égard de la climatisation doivent évoluer »
Le généraliste Toon Ceyssens attire également l'attention sur des risques médicaux encore insuffisamment connus. « Certains médicaments antihypertenseurs rendent les patients plus vulnérables à la chaleur », explique-t-il.
Le Dr Pierre-Louis Deudon souligne pour sa part que les personnes traitées par antidépresseurs et d'autres psychotropes ignorent souvent qu'elles courent un risque accru lors des épisodes de fortes chaleurs et continuent dès lors à aller travailler comme à l'habitude.
Au plus fort de la canicule, Toon Ceyssens a vu des résidents de l'institution de soins où il travaille partir en excursion malgré les températures extrêmes. Une situation qui l'a préoccupé. « Les soignants comme les patients n'ont pas pris la vague de chaleur suffisamment au sérieux », estime-t-il.
Le généraliste constate également que certains patients restent méfiants à l'égard de la climatisation. Ils craignent qu'elle ne les rende malades, qu'elle ne propage des germes ou que son utilisation soit néfaste pour l'environnement.
Selon lui, les Belges ne doivent pas pour autant devenir « des Américains » en maintenant des températures intérieures très basses. Pour les patients les plus vulnérables, un rafraîchissement suffisant peut toutefois s'avérer essentiel. « Les mentalités à l'égard de la climatisation doivent évoluer. »
« Beaucoup plus difficile à supporter lorsqu'un système a failli »
Au CHC MontLégia, les équipes se préparent désormais à de nouveaux épisodes de chaleur extrême. Une réserve de ventilateurs est disponible aux urgences et les perfusions sont conservées au frais dans un réfrigérateur.
Michèle Yerna, cheffe du service des urgences, craint toutefois que les adaptations nécessaires des soins, des logements et des infrastructures ne soient pas mises en œuvre suffisamment rapidement.
Pour les urgentistes, c'est surtout le caractère potentiellement évitable de certains décès qui rend cette expérience particulièrement éprouvante. « En tant qu'urgentistes, nous apprenons à faire face à la mort. Mais lorsqu'on sait qu'un décès est la conséquence d'un système qui a failli, c'est beaucoup plus difficile à supporter », explique-t-elle.









Derniers commentaires
Philippe VAN VLAENDEREN
18 aout 2026Je ne considère pas que le système de santé a failli. On ne peut pas tout prévoir et il faut accepter que de nombreux patients âgés avec beaucoup de comorbidités sont « artificiellement » maintenu en vie grâce aux traitements multiples qu’ils reçoivent. Alors, lorsqu’un imprévu survient, nul n’est tenu à l’impossible. Cela dit, les canicules vont augmenter et on peut donc en tenir compte pour améliorer le prévention. Toutefois, il y aura toujours des situations ou la médecine sera dépassée. Nous médecins devons apprendre à accepter sans en faire un drame, que nous ne sommes pas « tout puissant ». Et nous devrions commencer à envisager de ne pas prolonger la vie à tout prix, mais surtout viser à améliorer la qualité de fin de vie
Miguel Derijcke
18 aout 2026Du "Belgium Bashing" ni plus ni moins
Le nombre de décès depuis le début janvier et fin juin 2026 est de 64.080 unités ,par rapport à 58.214 en 2025 .
Donc, un SOUSmortalité (toute relative) denviron DIX pourcent...
Les deux piques de 650 et 640 décès du 27 et 28 juin inclus (source consulté :STATBEL le 16/8/2026)
Il ne faut donc pas pousser bonbonne...
Le royaume comptait 113.000 décès en 2025 dont environ 40% sur BXL et la Wallonie
Cette "sur"mortalité est survenu surtout dans les provinces de Liège et du Hainaut .
Et en Flandre dans le Westhoek nettement moins peuplé (cfr Le Vif No 32-33)