Alors que la Belgique finalise l'organisation de son réseau de centres spécialisés pour la prise en charge des AVC, la députée Nawal Farih (CD&V) a déposé ce 12 juin une proposition de résolution visant à doter le pays d'un plan national AVC. Le texte plaide également pour la création d'un registre national et met en lumière d'importantes disparités dans les délais de traitement, l'accès aux soins spécialisés et le suivi des patients.
Chaque année, plus de 29.000 Belges sont victimes d'un accident vasculaire cérébral, plus de 9.000 en meurent et près de 140.000 vivent avec des séquelles. Les auteurs du texte rappellent que l'AVC constitue la première cause d'invalidité chez l'adulte et la deuxième cause de décès dans notre pays.
La proposition s'appuie notamment sur l'audit mené en 2026 par l'INAMI et le SPF Santé publique auprès de 96 hôpitaux. Celui-ci met en évidence d'importantes disparités dans la prise en charge. Les recommandations internationales prévoient l'administration d'une thrombolyse dans les 30 minutes suivant l'arrivée du patient à l'hôpital. Or seuls 11,9 % des établissements atteignent cet objectif. Le délai médian observé en Belgique est de 47 minutes. Pour la thrombectomie mécanique, un seul hôpital respectait en 2024 le délai de référence de 60 minutes.
Les auteurs rappellent qu'au cours d'un AVC, jusqu'à deux millions de cellules cérébrales peuvent être perdues chaque minute. Ils relèvent également que les services de secours ne préviennent pas systématiquement les hôpitaux lorsqu'un AVC est suspecté, alors que cette prénotification permet d'accélérer la prise en charge hyperaiguë.
Les écarts observés concernent aussi les résultats. En moyenne, 10 % des patients décèdent après leur admission pour AVC, mais les taux de mortalité varient de 3 % à 30 % selon les hôpitaux. Pour les auteurs de la résolution, ces différences témoignent d'une qualité de prise en charge encore inégale sur le territoire.
Les disparités apparaissent également dans l'accès aux soins spécialisés. Une étude menée par la KU Leuven dans 29 hôpitaux flamands et bruxellois montre que seulement 82,9 % des patients victimes d'un AVC ischémique sont admis dans une stroke unit, alors que l'objectif européen est fixé à 90 %. Dans moins de la moitié des hôpitaux étudiés, tous les patients étaient systématiquement admis dans une unité neurovasculaire.
Le taux belge de thrombolyse intraveineuse atteint par ailleurs 11,3 %, contre une moyenne européenne de 15,4 %. Selon les données reprises dans la résolution, ce taux dépasse 15 % en Flandre occidentale et à Bruxelles, mais reste inférieur à 10 % dans le Limbourg.
Pour Nawal Farih et ses cosignataires, ces écarts sont difficiles à corriger faute d'outils de suivi adéquats. La Belgique ne dispose toujours pas d'un registre national AVC couvrant l'ensemble du parcours de soins. Les données sont collectées de manière hétérogène selon les établissements, ce qui complique le suivi des délais de prise en charge, de l'accès aux traitements spécialisés, des récidives ou encore des résultats fonctionnels.
Cette demande rejoint les revendications du Belgian Stroke Council, qui réclame depuis plusieurs années un plan national AVC, un registre national et des indicateurs de qualité harmonisés afin de pouvoir suivre et comparer les performances des différentes structures de soins.
La résolution ne se limite toutefois pas à la phase aiguë. Ses auteurs estiment que le parcours après l'hospitalisation reste insuffisamment structuré. Ils pointent notamment le faible déploiement des programmes d'« Early Supported Discharge », l'absence fréquente de plans personnalisés de transition après la sortie de l'hôpital et le manque de consultations de suivi systématiques dans les mois qui suivent l'AVC. Selon eux, ces lacunes compliquent la prévention des complications, la prévention secondaire et la réinsertion des patients.
Les parlementaires soulignent enfin que l'enjeu est appelé à prendre de l'ampleur. Selon les projections citées dans le texte, le nombre d'AVC pourrait augmenter de 34 % en Europe d'ici 2035, tandis que le nombre de décès progresserait de 45 %. Déjà estimé à 1,484 milliard d'euros par an en Belgique, dont plus de la moitié liée à l'incapacité de travail, aux soins informels et à l'aide sociale, le coût de l'AVC pourrait encore s'alourdir sans amélioration de la prévention et de l'organisation des soins.
> Découvrez l'intégralité de la proposition de résolution
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Robin GUEBEN
13 juin 2026En province du Luxembourg, du Limbourg et de l'Est de Liège, l'AVC vaut mieux prendre sa voiture et aller directement là où il y a un neurochir (l'infar cardiaque aussi soit dit en passant). Si vous sonnez au 112, les ambulanciers emmènent dans un hôpital du rural où le tri est inefficient et les réseaux non-développés, ça met des heures avant d'être transféré à la stroke unit (ou en coro pour l'infar). Tous mes patients de médecine générale qui ont fait un AVC sont au mieux des légumes, au pire six-pieds-sous-terre. Enfin je sais pas c'est quoi le mieux...