Le roi Philippe a remis mardi au Palais des Académies à Bruxelles le Prix Francqui-Collen 2026 aux professeurs Diether Lambrechts (KU Leuven/VIB) et Patrice Cani (UCLouvain). Considérée comme l’une des plus hautes distinctions scientifiques du pays, cette récompense salue cette année des travaux ayant débouché sur des applications concrètes en oncologie et dans la compréhension du rôle du microbiote intestinal dans l’obésité et le diabète de type 2.
Le Pr Diether Lambrechts a été distingué dans la catégorie des sciences médicales pour ses recherches visant à identifier le traitement le plus approprié pour chaque patient atteint d’un cancer. Son équipe utilise des techniques permettant d’analyser les tumeurs cellule par cellule afin de mieux comprendre la manière dont les cellules cancéreuses échappent au système immunitaire et réagissent aux traitements.
Ces travaux ont notamment conduit à la découverte de deux biomarqueurs spécifiques dans le cancer colorectal et le cancer de l’ovaire. Selon la Fondation Francqui, ces indicateurs permettent aux médecins d’obtenir une réponse claire sur l’intérêt ou non d’un traitement particulier, notamment une immunothérapie. Les données produites par son équipe sont aujourd’hui utilisées par des chercheurs du monde entier.
« Des millions de biomarqueurs ont été décrits dans la littérature scientifique, mais très peu de chercheurs parviennent réellement à changer les choses pour une personne qui reçoit aujourd’hui ou demain un diagnostic de cancer. C’est pour cela que nous travaillons », déclare le Pr Diether Lambrechts.
La Fondation souligne également que ces découvertes ont été rapidement transférées vers la pratique clinique grâce à une collaboration étroite avec les secteurs médical et pharmaceutique. Les tests développés en Belgique permettent désormais de réaliser localement certaines analyses qui étaient auparavant effectuées aux États-Unis.
Dans la catégorie des sciences biologiques, le Prix Francqui-Collen a été attribué au Pr Patrice Cani pour ses travaux consacrés aux interactions entre l’alimentation, les bactéries intestinales et les maladies métaboliques. Depuis plus de vingt ans, le chercheur étudie le rôle du microbiote dans le développement de pathologies telles que l’obésité et le diabète de type 2.
Le jury a notamment récompensé ses découvertes sur Akkermansia muciniphila. Le chercheur avait observé une corrélation entre l’absence de cette bactérie intestinale et certaines pathologies métaboliques. Son administration a ensuite montré un effet bénéfique à la fois sur la fonction de barrière de l’intestin et sur le système immunitaire.
« Nous avons créé une spin-off universitaire en 2016 parce que nous voulions toucher le plus grand nombre de personnes possible. Cette découverte est ainsi passée du laboratoire à l’être humain et la bactérie est aujourd’hui disponible commercialement dans le monde entier », explique le Pr Patrice Cani.
Pour Marie-Claire Foblets, CEO de la Fondation Francqui, les travaux des deux lauréats illustrent la capacité de la recherche belge à produire des résultats ayant un impact direct sur les patients. « Leurs découvertes ne sont pas des percées abstraites. Elles déterminent quel patient atteint d’un cancer recevra aujourd’hui le traitement adéquat et comment nous aborderons demain l’obésité et le diabète », souligne-t-elle.
Créé en 1932, le Prix Francqui-Collen est souvent présenté comme le « Nobel belge » et est doté de 250.000 euros . Décerné par un jury international comprenant plusieurs anciens lauréats du prix Nobel, il récompense chaque année des scientifiques belges à l’origine de travaux jugés déterminants dans leur domaine.








