Avant de poursuivre les grandes réformes qui sont menées actuellement dans les soins de santé, ne faudrait-il pas d’abord se poser la question de ce que nous voulons absolument conserver dans notre système ? Florence Hut et Sébastien Choquet (Solidaris) répondent à cette question essentielle.
Invités par le Forum financier du Hainaut, une initiative soutenue par la Banque nationale de Belgique, le Dr Florence Hut, directrice médicale du CHwapi et directrice académique du master en management des institutions de santé et de soins de l’ULB, et Sébastien Choquet, secrétaire général de Solidaris Wallonie – territoire Mons-Wapi, ont présenté les enjeux et les défis auxquels le secteur de la santé doit actuellement faire face en Belgique : pénurie de personnel, vieillissement de la population, réduction des moyens financiers, pression sur les acteurs, refondation du paysage hospitalier, réforme de la nomenclature et du financement…
S’exprimant à titre personnel, le Dr Florence Hut a interpellé l’assistance en posant une question essentielle : que voulons-nous sauver dans le système de santé actuel ? C’est bien de vouloir réformer, mais c’est encore mieux de le faire en ne sapant pas les fondements d’un système qui n’a pas tant à rougir des comparaisons internationales.
Liberté de choisir
Pour la chargée de cours à l’Université de Mons, il est primordial de pouvoir conserver la liberté de choix. « Le patient doit pouvoir choisir son médecin, son hôpital, ses prestataires de soins, sa mutuelle… En Hollande, par exemple, un patient ne peut pas voir un spécialiste s’il n’a pas vu un médecin généraliste avant. Nous devons absolument préserver cette chance que nous avons de pouvoir choisir. »
Le droit à l’accès aux soins de santé sans restriction est également fondamental.
« Le modèle belge est basé sur une solidarité entre les bien-portants et les malades, les jeunes et les vieux, les riches et les pauvres. Cette solidarité est indispensable », soutient le Dr Hut.
L’accessibilité financière aux soins de qualité est favorisée grâce à des mécanismes (maximum à facturer…) et à des statuts (bénéficiaire de l’intervention majorée…). « Le MAF permet à des patients qui ne sont pas aisés financièrement de recevoir des soins de très grande qualité. Il faut conserver ces acquis précieux. »
Notre système de santé doit pouvoir continuer à être résilient face aux crises sanitaires, telles que la Covid-19 ou le scandale du sang contaminé.
« Nous vivons dans un pays où il n’y a pas de jugement de valeur ou d’exclusion des maladies sociales. Dans certains pays, les patients qui développent des maladies (cancer du poumon…) à la suite d’addictions ne sont pas pris en charge par la sécurité sociale. En Belgique, nous soignons tout le monde. C’est quelque chose d’extrêmement précieux », estime Florence Hut.
Ne pas devoir attendre longtemps pour être soigné est également un atout de notre système. « Si vous avez un problème important, vous n’allez pas devoir attendre trois mois pour être pris en charge. »
De façon plus systémique, notre système est fondé sur une relation de confiance entre l’État et les citoyens. « Les patients ont beaucoup de liberté parce que l’État leur fait globalement confiance et n’estime pas d’emblée que les citoyens veulent abuser du système. »
Pour le Dr Hut, il faut également conserver une place limitée pour les assurances privées dans les soins de santé.
« Réformer le système de santé ne devrait pas signifier renoncer à ce qui fait sa valeur : universalité, solidarité, liberté, proximité et confiance », soutient la directrice médicale.
Déplacement des risques
« Les soins de santé ne sont pas épargnés par l’austérité », a souligné Sébastien Choquet lors du Forum financier du Hainaut. « 961 millions d’euros d’économies ont déjà été décidés pour 2025 et 2026. Un effort comparable de près d’un milliard d’euros est prévu pour les exercices 2027 à 2029 afin de respecter la trajectoire budgétaire imposée par le gouvernement Arizona (qui est actuellement en discussion budgétaire, NDLR).
Quand on réduit les budgets, cela signifie moins de personnel, moins de temps pour les patients, des temps d’attente plus longs pour obtenir un rendez-vous, des médicaments plus chers… »
Le secrétaire général de Solidaris Wallonie – territoire Mons-Wapi défend le rôle des mutuelles – dont la cogestion du système de santé – et rappelle que « derrière chaque réforme budgétaire, il y a des individus. Ce sont ces personnes-là qui viennent frapper aux portes des mutuelles. »
Convaincu qu’il est utile de réformer le système actuel, le secrétaire général avance cinq points d’attention :
- Il faut investir dans la première ligne : c’est un investissement de santé publique ;
- La maîtrise budgétaire ne doit pas générer davantage de renoncement aux soins ;
- L’assurance autonomie doit renforcer la solidarité et le maintien à domicile ;
- Les métiers du soin doivent être soutenus, pas fragilisés ;
- Le non-marchand reste un acteur essentiel de la cohésion sociale et de la santé des Wallons.
« Quand on analyse toutes les mesures prises bout à bout, on voit apparaître une même logique : on déplace progressivement les risques collectifs vers les individus », avertit Sébastien Choquet.









Derniers commentaires
Sammie SOETAERT
04 octobre 2026Ayant travaillé dans un service d'urgences du Tournaisis il y a quelques années, avec un confrère nous avions tenté d'implémenter les critère d'Ottawa pour les situations d'entorses de cheville (http://medicalcul.free.fr/ottawacheville.html), Ceux-ci permettent de savoir quand une radiographie est indiquée. J'ai été appelé à la direction. On m'a dit que je n'avais pas compris leur business model et qu'il fallait faire tourner leurs appareils de radiographies (au frais de l'INAMI) et on m'a reproché de ne "pas trouver assez de maladies aux gens qui se présentaient aux urgences". Ce service est la porte d'entrée de l'hôpital et il convient de faire tourner la carrousel des spécialistes. J'ai quitté ce milieu n'ayant pas la même conception du métier.
Robin GUEBEN
01 octobre 2026Et on trouvera l'argent pour financer tout ça dans le trésor du Leprechaun au pied de l'arc-en-ciel...
Ou plus sérieusement, il faut un débat philosophique du peuple souverain belge sur sa volonté d'un système de santé beveridgien collectiviste avec contraintes d'autorité ou un système de santé bismarckien individualiste-responsable mais avec liberté.
Nous sommes actuellement dans un melting-pot de financement beveridgien mais de fonctionnement libéral-bismarckien. Dans ce clair-obscur naissent les monstres.