Plusieurs organisations de médecins généralistes, de postes médicaux de garde et d'hôpitaux ont appelé mercredi le gouvernement fédéral à prendre d'urgence des mesures pour les numéros 1733 et 112. Dans une lettre ouverte adressée aux ministres Frank Vandenbroucke et Bernard Quintin, elles estiment que la prise en charge des soins non planifiables « risque d'imploser » après un week-end « catastrophique ».
« Bien que le terrain reconnaisse les efforts visant à assurer un bon fonctionnement structurel de 1733, nous ne pouvons aujourd'hui faire autrement que de tirer la sonnette d'alarme après un week-end catastrophique du 26 au 28 juin 2026, au cours duquel des patients n'ont tout simplement pas pu accéder au 1733 et où des temps d'attente de 10 minutes et plus ont même été constatés au numéro d'urgence 112 », écrivent les organisations.
Selon les signataires, les conséquences sur le terrain ont été « désastreuses ». « Des situations de soins mettant en jeu le pronostic vital et d'autres situations graves n'ont pas été prises en charge à temps. Des services d'urgence déjà surchargés ont dû absorber davantage de pathologies de première ligne. Le personnel de soins et d'accueil a dû faire face à un afflux massif de plaintes, y compris d'agressions. Des patients inquiets ont tenté de joindre leur médecin généraliste en privé par tous les canaux possibles. » Les auteurs citent également des situations où plusieurs heures ont été nécessaires pour joindre le 1733 afin de demander la constatation du décès d'un proche.
Ils dénoncent également une communication défaillante. Malgré l'ampleur des problèmes, « aucun état d'urgence n'a été décrété afin de réquisitionner des opérateurs supplémentaires ». Certains postes médicaux de garde n'ont en outre reçu aucun message XML des centrales d'urgence pendant plusieurs heures, tandis que des patients ont rapporté que la communication était interrompue après une longue attente.
Selon les organisations, le manque d'opérateurs perdure depuis plusieurs années, entraînant un allongement des délais d'attente et une dégradation de la qualité du triage. Elles rappellent que les statistiques annuelles du 1733 montrent une diminution du nombre d'appels classés au niveau de gravité N8, correspondant aux soins planifiables, tandis que les visites à domicile sont accordées de plus en plus fréquemment.
L'ensemble de la population wallonne ainsi qu'environ 40 % des Flamands dépendent aujourd'hui de ce service, soulignent encore les signataires. Les autres postes médicaux de garde flamands ainsi que ceux de Bruxelles ne sont pas encore raccordés aux centrales d'urgence. Les conséquences touchent également les services d'urgence, les maisons de repos et de soins ainsi que d'autres acteurs de santé. « La principale victime est le patient, qui ne bénéficie pas toujours des soins les plus appropriés. »
Pour les organisations, la concomitance d'une vague de chaleur, de festivals et d'un risque d'intempéries ne peut constituer une excuse. Elles rappellent que les données du 1733 de l'été 2025 montrent que pratiquement chaque week-end estival est marqué par une très forte activité. « Le système tout entier a toutefois été mis à rude épreuve ce week-end, à tel point que des mesures supplémentaires temporaires sont nécessaires afin d'éviter une implosion complète de la prise en charge non planifiable dans un avenir proche. Des mesures d'urgence rapides pour 1733 et 112 sont dès lors cruciales. »
La lettre se conclut par un appel aux deux ministres et à l'ensemble du gouvernement fédéral. « Les professionnels de soins ne méritent pas d'être confrontés à de l'agressivité et à un préjudice d'image injustifié en raison d'un système défaillant. Plus important encore : derrière chaque appel manqué se trouve un patient qui a le droit d'être entendu et aidé à temps. Nous vous demandons à tous deux d'agir rapidement et de manière déterminée, en collaboration avec l'ensemble de votre gouvernement. »
> Lire la lettre
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Derniers commentaires
Alain Pierson
06 juillet 2026Le 1733 dans la province de Luxembourg est une farce qui constitue un danger réel pour les personnes de tout âge ! Il faudrait l' interdire !
Freddy Piron
03 juillet 2026Madame, Monsieur de la rédaction,
À la lecture de votre article consacré au risque d’« implosion » des soins non planifiables autour des numéros 1733 et 112, je souhaite apporter un éclairage de terrain, issu d’une pratique ancienne et continue de la médecine générale de garde.
Je partage entièrement l’alerte lancée par les organisations signataires : lorsque l’accès au 1733 devient impossible, que les délais d’attente au 112 s’allongent et que les services d’urgence absorbent des pathologies de première ligne, c’est bien le patient qui paie le prix d’un système défaillant. Ce constat n’a malheureusement rien de théorique. Sur le terrain, nous savons depuis longtemps que les retards de réponse, les erreurs d’orientation et la difficulté d’obtenir une visite à domicile peuvent avoir des conséquences médicales graves.
Je voudrais cependant corriger une ambiguïté qui revient parfois dans ce débat : non, rappeler la nécessité d’envoyer un médecin au domicile lorsqu’un patient dit ne pas pouvoir se déplacer ne revient pas à « inciter à multiplier les prestations ». Dans de nombreux dispositifs, l’assistant de garde perçoit un fixe et les honoraires encaissés reviennent au maître de stage. Il n’existe donc pas, dans ce cadre, d’intérêt personnel direct à augmenter artificiellement le nombre d’actes. Présenter les choses autrement serait une erreur d’analyse.
Le vrai sujet est ailleurs : il concerne la sécurité du patient et le bon sens clinique. Lorsqu’un patient signale qu’il ne peut pas se déplacer, le principe doit rester simple : il faut aller le voir, et rapidement. La médecine de garde ne peut pas reposer uniquement sur un filtrage téléphonique éloigné du lit du malade, parfois réalisé sans examen clinique, sans visioconférence, et chez des patients qui s’expriment difficilement, notamment en raison de barrières linguistiques ou de leur état de santé. Dans ces conditions, minimiser une situation au téléphone peut conduire à des retards diagnostiques lourds de conséquences.
Je m’étonne aussi que certains invoquent comme justification organisationnelle une répartition théorique entre consultations et visites à domicile. Une norme administrative ne protège ni le patient ni le praticien lorsqu’un accident survient. Ce n’est pas l’INAMI qui se trouvera confronté à la réalité clinique, ni à la responsabilité morale et médico-légale d’une prise en charge tardive. Une organisation de garde ne devrait jamais faire primer ses équilibres statistiques sur l’évaluation prudente du risque.
Il faut également rappeler que la crise actuelle ne s’explique pas seulement par un épisode de surcharge ponctuelle. Elle s’inscrit dans une évolution plus profonde de la permanence des soins. En quarante ans de pratique, j’ai vu diminuer la disponibilité effective de la médecine générale en dehors des heures ouvrables, tandis que la population augmentait et que les urgences hospitalières se chargeaient de plus en plus de situations relevant de la première ligne. Beaucoup de jeunes confrères privilégient, légitimement, un meilleur équilibre de vie et s’investissent moins dans la permanence classique. On peut le comprendre, mais il faut alors avoir l’honnêteté d’en tirer les conséquences organisationnelles.
J’attire enfin l’attention sur un paradoxe préoccupant : d’un côté, les pouvoirs publics et les structures de garde demandent davantage d’implication pour maintenir l’accessibilité des soins non planifiables ; de l’autre, lorsqu’un médecin travaille beaucoup, visite, se déplace et facture des honoraires d’urgence de manière répétée, il peut rapidement être considéré comme « outlier » et placé sous suspicion statistique. Ce type de signal envoyé au terrain est désastreux. Il n’encouragera certainement pas les médecins à faire davantage, ni les plus jeunes à s’engager dans des gardes exigeantes.
Si l’on veut éviter l’implosion annoncée, il ne suffira pas d’ajouter quelques opérateurs lors des week-ends critiques. Il faut réaffirmer des principes simples : accessibilité réelle, prudence dans le tri, possibilité effective de visite à domicile, soutien aux médecins de terrain, et cohérence entre les attentes des autorités et les réalités de l’exercice. À défaut, on continuera à détourner vers l’hôpital des patients qui auraient dû être pris en charge plus tôt et plus simplement, avec au bout de la chaîne un coût humain et financier bien supérieur.
Je vous remercie de l’attention portée à cette mise au point et vous prie d’agréer, Madame, Monsieur de la rédaction, l’expression de mes salutations distinguées.
Dr Freddy Piron Médecin généraliste Herstal – Vottem
Robin GUEBEN
01 juillet 2026Des mesures à prendre, oui mais lesquelles, confrères et consœurs de la garde ?! La politique fédérale n'a aucune idée de ce qu'il faudrait faire et utilise la langue de bois ; vous le voyez ou pas ? Enfumage quand la crise est globale, stigmatisation quand la crise est mineure (vous vous souvenez des amendes de Mr Vandenbroucke infligées aux ambulances refusées aux urgences de André Renard en 2021 en crise de ressource humaine en urgentistes ?) Il serait intéressant de réfléchir à une centralisation des services de garde (pas seulement de la gestion mais aussi de l'action) et donc d'un renforcement de la résilience par amélioration du tri et amélioration des réseaux et possibilité de libérer de la marge pour engager du personnel supplémentaire. L'union fait la force, j'espère qu'un jour quelqu'un sera d'accord avec moi...