Combien de temps un patient peut-il rester en arrêt de travail ? 20 nouvelles fiches guident les médecins.

Face à l’augmentation du nombre de patients en incapacité de travail de longue durée, le Collège national de médecine d'assurance sociale met à la disposition des médecins vingt nouvelles fiches de recommandations fondées sur les données scientifiques. Celles-ci visent à les aider à évaluer la durée probable d’une incapacité de travail, les perspectives de reprise d’activité et les facteurs susceptibles d’influencer le rétablissement.

Lors d’une après-midi d’étude organisée le 24 septembre 2025 par le Collège national de médecine d'assurance sociale autour des défis actuels liés à l’incapacité de travail, la création de ces vingt fiches destinées aux médecins avait été annoncée dans le cadre de la mise en œuvre de la réglementation relative à la réinsertion professionnelle. 10 mois après ces fiches, consacrées à des affections courantes, ont été validées notamment par Domus Medica et la Société scientifique de médecine générale (SSMG).

Développé par le groupe de recherche Environnement et Santé de la KU Leuven à la demande du Collège national de médecine d'assurance sociale, le projet porte sur vingt affections fréquemment rencontrées dans la pratique clinique. Pour chacune d’elles, les données scientifiques disponibles ont été analysées et traduites en recommandations pratiques destinées aux médecins.

L’augmentation constante des incapacités de travail de longue durée confronte en effet les praticiens à des questions complexes. Quelle est la durée moyenne de récupération pour une pathologie donnée ? Quels facteurs influencent le retour au travail ? Comment prévenir une absence prolongée en intervenant suffisamment tôt ?

« Les médecins disposent aujourd’hui de nombreuses connaissances médicales, mais les informations relatives au rétablissement et à la reprise du travail sont souvent dispersées dans différentes sources », explique le Pr Lode Godderis, du groupe de recherche Environnement et Santé de la KU Leuven. « Avec ces fiches, nous voulons rassembler les données scientifiques dans un cadre de référence accessible et pratique. »

Une méthodologie structurée

Les recommandations reposent sur une analyse systématique de la littérature scientifique consacrée à vingt pathologies fréquentes. Les chercheurs ont complété cette revue de la littérature par des consultations d’experts issus de différentes disciplines ainsi que par un processus de validation mené au sein des groupes de travail concernés et du Collège national de médecine d'assurance sociale.

Selon le Pr Lode Godderis, l’objectif était de produire des recommandations scientifiquement solides tout en restant directement utilisables par les médecins amenés à prendre quotidiennement des décisions relatives à l’incapacité de travail et à la reprise d’activité. La méthodologie combine ainsi revue structurée de la littérature, consultation d’experts et validation, afin de garantir des recommandations à la fois fondées sur les preuves et adaptées à la pratique clinique.

Au-delà de la seule durée d’incapacité

Chaque fiche rassemble des informations médicales sur l’affection concernée, le trajet de rétablissement attendu, le trajet ReAT, une durée de référence pour l’arrêt de travail en fonction de l’évolution clinique, les facteurs à prendre en compte dans l’évaluation de la situation du patient ainsi que des sources d’information complémentaires.

Le Collège national de médecine d'assurance sociale précise que les durées de référence proposées ne tiennent pas compte des délais nécessaires à la confirmation du diagnostic par des examens complémentaires ni des délais liés à la mise en place d’un traitement.

Si les fiches proposent des durées de référence pour la reprise du travail, elles mettent surtout l’accent sur les nombreux facteurs qui influencent le processus de rétablissement.

Des travaux récents menés par l’équipe du Pr Lode Godderis montrent que la durée d’une incapacité de travail n’est que partiellement déterminée par la pathologie sous-jacente. La perception de la santé, les caractéristiques individuelles, les conditions de travail ou encore le contexte social jouent souvent un rôle tout aussi important.

« Le retour au travail est rarement une question purement médicale », souligne le Pr Lode Godderis. « Les attentes du patient, les possibilités offertes sur le lieu de travail et le soutien de l’entourage peuvent avoir un impact considérable sur l’évolution de la situation. »

Les fiches distinguent ainsi trois grandes catégories de déterminants : les facteurs personnels, tels que les attentes du patient, ses stratégies d’adaptation ou sa santé mentale ; les facteurs liés au travail, notamment la charge de travail, l’autonomie ou les possibilités d’adaptation du poste ; et les facteurs sociaux et organisationnels, parmi lesquels le soutien des supérieurs hiérarchiques et des collègues.

Cette approche élargit l’évaluation au-delà du seul diagnostic médical pour intégrer le potentiel de travail et les possibilités de réintégration professionnelle.

Identifier les facteurs de risque d’une incapacité prolongée

Les fiches doivent également aider les médecins à repérer les facteurs de risque associés à une incapacité de travail prolongée et à formuler des conseils concernant l’adaptation du travail ou une reprise progressive des activités professionnelles.

« Ces fiches ne constituent pas des normes strictes », rappelle le Pr Lode Godderis. « Chaque patient reste unique. Elles offrent toutefois un point de départ scientifiquement fondé pour formuler des avis cohérents et réalistes. »

Vers une évaluation du potentiel de travail

Le projet s’inscrit dans une évolution plus large de la médecine d’assurance sociale, qui tend à déplacer le regard de la question de l’aptitude au travail vers celle des capacités fonctionnelles et du potentiel de travail.

« Le débat sur l’incapacité de travail évolue de plus en plus vers une évaluation des possibilités fonctionnelles et du potentiel de travail », observe le Pr Lode Godderis. « Ces fiches peuvent contribuer à instaurer un langage commun entre médecins traitants, médecins-conseils et médecins du travail. »

Selon les initiateurs du projet, ces recommandations constituent une étape importante vers une approche plus intégrée de l’incapacité de travail et vers une reprise durable de l’activité professionnelle.

 

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Derniers commentaires

  • Marie-Louise ALLEN

    09 juin 2026

    C'est très "amusant" de constater, dans ce monde où l'effondrement prévu (vive l'IA) du nombre d'emploi ,déjà en sous nombre!, et l'évacuation vers le statut sdf des demandeurs d'emploi après 2 ans, cette obsession de remettre au travail les malades, longue durée ou pas. Et l'employeur sera prié de payer pendant 1 mois, en plus de son remplaçant, l'employé ex-malade lorsque, fatalement, il rechutera...
    On continue à marcher sur la tête