Commission d’agrément en médecine générale : les dysfonctionnements persistent

Des délais de traitement qui s’éternisent, un turn-over préoccupant parmi les secrétaires de commission, une disponibilité téléphonique encore insuffisante et des informations qui tardent à arriver : la commission d’agrément en médecine générale dénonce des dysfonctionnements structurels persistants. Paul De Munck, président honoraire du GBO et membre de la commission, souligne que les goulots d’étranglement ne se situent pas au sein de la commission elle-même.

« Ce n’est jamais au niveau de notre commission qu’il y a des retards accumulés. Nous traitons à chaque réunion tous les dossiers qui nous sont soumis. Mais s’il y a des dossiers qui ne nous sont pas soumis, on ne peut pas les traiter. » Paul De Munck ne mâche pas ses mots. L’embouteillage se situe en amont, dans les mains de l’administration de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), chargée de préparer les dossiers avant de les soumettre à la commission. Un problème structurel identifié de longue date, déjà signalé à la ministre Glatigny sous la précédente législature, et toujours pas résolu.

La cause principale est connue : la FWB souffre d’une double peine en matière d’attractivité et de rétention du personnel. « On a un souci de turn-over important des secrétaires des commissions », constate Paul De Munck. « Il faut parfois tout reprendre à zéro avec un nouveau secrétaire qui découvre le boulot. » Les personnels compétents partent pour des conditions plus favorables ailleurs, et la formation permanente de leurs successeurs érode l’efficacité du traitement des dossiers.

Une fois un dossier validé en commission, en revanche, la suite est rapide : le dossier est transmis au ministre pour signature, puis à l’INAMI – une affaire de jours, pas de semaines. Une partie des plaintes émanant de candidats s’explique aussi par des dossiers incomplets. « Quand on gratte un peu, on tombe encore trop souvent sur des candidats qui n’ont pas rentré toutes les pièces de leur dossier. Tant qu’un candidat ne le fait pas, il n’est pas soumis à la commission. C’est normal. »

Un virage numérique bienvenu, mais perfectible

La transition vers la numérisation représente un pas en avant. Les dossiers transitent désormais par voie électronique, les membres de la commission les consultent à distance sur une plateforme partagée avant les réunions tenues en visioconférence. Les longues séances physiques à Bruxelles – qui pouvaient durer quatre à cinq heures – sont devenues l’exception.

L’accessibilité téléphonique de l’administration a également été renforcée depuis septembre 2025 : deux demi-journées par semaine au lieu d’une. Mais Paul De Munck tempère : c’est encore insuffisant. Les candidats continuent de signaler des difficultés à joindre l’administration par téléphone. Autre point d’inconfort : la commission attend toujours le renouvellement de ses membres, prévu tous les cinq à six ans et toujours pas effectué. « Je joue les prolongations », dit Paul De Munck. « Ce n’est pas normal. »

Participation inégale, rémunération dérisoire

Paul De Munck soulève également le problème de l’assiduité au sein de la commission : certains membres sont très présents, d’autres beaucoup moins. Résultat : « Tout le boulot atterrit sur la tête des mêmes. » Lui dit n’accepter aucun compromis sur sa propre participation : « Je considère qu’on ne peut pas pénaliser le candidat sous prétexte que certains ne font pas leur boulot. »

S’y ajoute une rémunération qui, estime Paul De Munck, est dérisoire : « Le défraiement prévu par l’administration pour la participation aux commissions ne couvre absolument pas le manque à gagner pour un praticien qui interrompt ses consultations. »

La bataille de la simplification administrative

Le dossier le plus sensible reste la note de simplification administrative initiée par le ministre Coppieters à l’été 2025. L’une de ses propositions centrales consiste à traiter directement, sans passage en commission, les dossiers jugés « non problématiques », en confiant à l’administration la validation des dossiers ne présentant pas d’anomalie apparente.

La commission d’agrément en médecine générale a formulé ses objections par courrier au ministre en novembre 2025. Elle n’a pas reçu de réponse pendant des mois, avant d’apprendre récemment que le ministre avait bien répondu en décembre 2025. La lettre ne lui avait tout simplement pas été transmise par l’administration.

Sur le fond, l’opposition demeure toutefois. « Si on supprime cette étape et qu’on ne passe plus par la commission, comment fait-on pour détecter des problèmes avant qu’ils ne s’aggravent ? », questionne Paul De Munck. La commission lit les rapports des stages et des maîtres de stage, une fonction de vigie que la simplification administrative risquerait de sacrifier sur l’autel de l’efficacité bureaucratique. La commission estime désormais indispensable une rencontre avec le ministre : les réponses apportées à ses préoccupations ne lui semblent que partielles. Elle attend d’être reçue.

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