CT-scan lombaire : le CMG interpelle Vandenbroucke

Les organisations membres du Collège de Médecine Générale publient vendredi un communiqué sur leur site pour contester l’interdiction des prescriptions de CT-scan lombaire par les généralistes, annoncée par le ministre de la Santé Frank Vandenbroucke. Elles dénoncent une mesure motivée par des impératifs budgétaires et de réduction d’irradiation, mais jugée inadaptée aux réalités de terrain.

Dans ce courrier, elles avertissent que « cette mesure est jugée inacceptable par le CMG car elle nie le rôle de première ligne de soins et décrédibilise la profession de généraliste ». Si elles reconnaissent la nécessité d’améliorer la pertinence des prescriptions d’imagerie pour réduire l’exposition aux rayons et les dépenses, elles demandent que les restrictions soient définies « sur base de critères scientifiques, médicaux et organisationnels, et élargies à tous les prestataires généralistes et spécialistes ».

Elles estiment qu’une interdiction pure et simple risque d’accentuer les tensions entre les lignes de soins. Le Collège prévient qu’« une interdiction pure et simple de la prescription du CT-scan lombaire par les généralistes ne fera qu’aggraver le problème du goulot d’étranglement de l’accessibilité aux soins », avec, selon elles, une probable augmentation des délais pour la RMN. La première ligne, rappellent-elles, demeure responsable de la prise en charge des douleurs lombaires, et souffre déjà d’une pénurie de prestataires limitant la fluidité entre les niveaux de soins. Elles soulignent que « l’une des raisons des prescriptions de CT-scan lombaire par les généralistes est le manque de disponibilité des examens RMN, tant en termes de délais que de lieu ».

Selon certaines estimations reprises dans le courrier, « 48 % seraient prescrits par les généralistes » pour les CT-scan et RMN lombaires. Les dépenses associées atteignent « €40.600.000 ». Les organisations mettent cependant en garde : si la mesure peut générer des économies immédiates, elles « n’auront de l’effet qu’à très court terme » et pourraient entraîner des retards de prise en charge, une surcharge supplémentaire pour les spécialistes et les urgences, et « un effet délétère tant sur la santé des patients que sur celle du budget santé ».

Le courrier analyse aussi les raisons structurelles expliquant le volume de prescriptions par les généralistes : information insuffisante des patients, manque de temps pour expliquer un refus dans un contexte de pénurie, shopping médical, nécessité d’anticiper un examen demandé par un spécialiste ou encore « la conversion par le radiologue de la prescription du généraliste de l'échographie en scanner ».

Pour améliorer la pertinence des examens, les organisations proposent notamment un schéma d’indication intégré à la prescription électronique, la création d’un dossier radiologique individuel recensant les doses cumulées de rayons, et l’obligation de mentionner la dose d’irradiation ainsi que « la dangerosité des RX et le pourcentage de cancers radio-induits » sur chaque protocole. Elles recommandent aussi de renforcer la consultation de radiologie entre prescripteur et radiologue, estimant que « rares sont ces contacts effectués par les radiologues ».

Elles demandent enfin de différencier le contexte dans lequel travaille le prescripteur (ambulatoire, urgences, institution) via une identification spécifique, ainsi que l’ajout d’une case dans la prescription signalant que « l’examen est demandé à l'initiative du patient malgré les discussions menées en consultation ».

En conclusion, le Collège souligne que « cette mesure traduit une méfiance grandissante envers la médecine générale ». Les organisations affirment que les généralistes, consultés « avant et après le contact spécialisé », sont aujourd’hui transformés en « boucs émissaires », alors que les prescriptions doivent être optimisées « en collaboration avec les médecins généralistes ». Elles s’interrogent enfin : « Cette mesure serait-elle un pas vers de nouvelles restrictions sacrifiant la profession de généraliste, la qualité des soins et la santé des patients sur l’autel du budget ? Ce n’est ni souhaitable ni acceptable. »

> Découvrir l'intégralité du communiqué

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Derniers commentaires

  • Xavier Gérard

    18 novembre 2025

    Les économies espérées par le Ministre vont se résumer à :
    - Mise en incapacité de travail prolongée du patient dans l'attente d'avoir le "droit" à une imagerie
    - Référer bcp plus souvent vers les urgences, intermédiaire réputé disponible et pas débordé...
    - Prescription d'une IRM plus fréquente, également réputée pour la rapidité des délais proposés...
    Ironie, vous l'aurez compris. Cette mesure est une véritable insulte à la Médecine Générale