Faut-il économiser en biologie clinique ou mieux prescrire ?

Afin de réaliser, en 2026, 67 millions d’euros d’économies en radiologie et biologie clinique, le secteur de la biologie pourrait se voir appliquer une réduction linéaire de 3 % sur tous les honoraires de biologie clinique, compensée par une enveloppe redistribuée aux hôpitaux. Une décision qui risque d’impacter lourdement les petits laboratoires privés.

Soulignons qu’en janvier 2024, le secteur de la biologie s’était déjà vu imposer une réduction linéaire de 15 %. « Cette économie initiale de 15 % devait financer le New Deal de médecine générale », rappelle Maxime Depoorter, pharmacien-biologiste. « Ce budget n’a finalement pas été consommé en raison d’un intérêt limité de la part des médecins généralistes pour le New Deal. Où sont passés les montants économisés ? Cette question est d’autant plus pertinente que les laboratoires paient de leur poche les infirmiers qui effectuent les prélèvements dans les maisons médicales, y compris le matériel de prélèvement et le local. Or, il y a de la surenchère au niveau des coûts de location et des prestations des infirmiers. Une partie de l’argent alloué via le New Deal aurait pu servir à couvrir une partie de ces coûts supportés par les laboratoires. »

Le directeur des laboratoires Bauduin avance que les hôpitaux vont recevoir, dans le cadre des économies, une compensation, mais que cela ne sera pas le cas des laboratoires privés. Et de souligner que les marges moyennes dégagées par les grands laboratoires (évaluées à 20,38 % par Finhosta) ne sont pas du tout les mêmes pour les petites structures, qui ne sont pas capables de réaliser les mêmes négociations avec les fournisseurs et des économies d’échelle. « Un laboratoire privé indépendant n’a pas la même force au niveau des achats, mais il subit les mêmes prix de vente. Les économies sont donc assassines pour les marges. Pour résister à ces pressions, les petites structures doivent fusionner. Notre laboratoire, le dernier labo belge indépendant, est-il condamné à disparaître ? »

Éviter les analyses inutiles

À l’instar de certains radiologues, le pharmacien-biologiste regrette que les autorités veulent réaliser des économies sur le volume des actes, mais ne se soucient pas de maîtriser la prescription d’examens inutiles. « Je présente des dizaines de fois par an des séminaires aux médecins et aux assistants pour les orienter vers une prescription raisonnable, mais il y a une dichotomie à cause de tous les labos multinationaux qui font pression sur les prescripteurs. La privatisation extrême de la biologie clinique n’est pas censurée et cela mène à ces mesures d’économies qui concernent l’ensemble des laboratoires, peu importe leur statut », soutient le pharmacien-biologiste. « Cette réforme ne joue pas sur la qualité de la prescription. Elle ne permet pas d’éduquer en amont les prestataires pour bien prescrire les analyses. Cette réforme s’attaque en aval à ceux qui facturent, alors que nous ne faisons qu’exécuter les analyses prescrites par les médecins. Certaines analyses — comme le test PSA pour le dépistage général des hommes sans symptômes — ne sont plus remboursées depuis des années par l’Inami, mais de nombreux prestataires continuent de les prescrire systématiquement. Ce qui alourdit la facture du patient ou représente une perte pour le laboratoire, qui se voit refuser le remboursement par les mutuelles. Notons aussi que les médecins peuvent subir la pression des patients qui veulent absolument faire une analyse, quitte à faire du shopping médical pour l’obtenir. »

Autre constat : les laboratoires hospitaliers, contrairement aux labos privés, peuvent reporter une partie de leurs frais fixes (personnel administratif, système informatique, navettes entre les sites…) sur les coûts de fonctionnement de l’ensemble de l’hôpital, financés par le BMF. Un avantage financier que n’ont pas les petits laboratoires.

26,6 millions

En 2026, la réduction linéaire de 3 % sur les honoraires de biologie clinique (À l’exception du forfait par prescription et du forfait par journée propre à chaque hôpital ) devrait rapporter près de 11 millions aux caisses de l’assurance-maladie. Parallèlement, le gouvernement a chargé le secteur et les groupes professionnels concernés d’élaborer d’ici 2026 des mesures ciblées, axées sur l’efficience et pas uniquement sur la réduction des coûts. « L’ensemble des mesures permettra de réaliser une économie totale de 26,6 millions d’euros », peut-on lire dans la note du cabinet Vandenbroucke.

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Derniers commentaires

  • Sammie Soetaert

    11 novembre 2025

    @ modérateur : ne faudrait-il pas limiter l'accès au forum aux médecins diplômés et pas par exemple aux naturopathes pour élever le niveau intellectuel des débats ?

  • Sophie Meulemans

    10 novembre 2025

    Ce qui est HALLUCINANT et devrait faire réagir TOUT LE MONDE, c'est le démantèlement de la qualité des soins pour des montants aussi modestes que 26 millions d'euros ou 60 millions d'euros (à l'échelle d'un pays entier) VERSUS LES PLUS DE 2 MILLIARDS D'EUROS DEJA VERSES PAR L'ETAT BELGE A UNE UKRAINE CORROMPUE depuis 2022.... De qui se fout-on??? Comment ces politocards osent-ils encore montrer leur bouille dehors??? Parce que, selon moi les secteurs et les portes paroles syndicaux n'ont pas une communication suffisamment offensive et percutante , par exemple en dénonçant ce deux poids deux mesures qui suffit à démontrer à lui seul le coté à la fois profondément malhonnête mais aussi profondément MALVEILLANTE de cette caste politique mondialiste qui mène les peuples à l'abime!!!!