Dans un entretien accordé à De Morgen, Frank Vandenbroucke se montre clair sur les limites de la concertation en matière de soins de santé. Le dialogue avec les médecins, dit-il, est intense, mais pas sans bornes: «Les syndicats médicaux n’obtiennent évidemment pas 100 % de ce qu’ils souhaitent.» À l’égard des mutualités, le ton est en revanche plus mesuré: «Je suis souvent très critique sur leur fonctionnement, mais le refrain selon lequel elles absorberaient l’argent public doit cesser.»
Dans cet entretien publié samedi dans De Morgen, le ministre reconnaît que sa politique suscite des résistances, surtout du côté des organisations médicales. Il rejette toutefois l’accusation selon laquelle il ne serait pas à l’écoute : «Ce n’est factuellement pas correct. Entre mars et septembre, j’ai moi-même rencontré à neuf reprises les dirigeants de ces syndicats. Je ne pense pas que mes collègues Jan Jambon ou David Clarinval aient rencontré les syndicats aussi souvent. S’il est un groupe avec lequel le ministre compétent dialogue en permanence au plus haut niveau, ce sont bien eux.»
Selon Frank Vandenbroucke, la concertation a d’ailleurs débouché sur des ajustements concrets. «Je voulais par exemple supprimer le système de conventionnement partiel, parce qu’il est trop peu clair pour le patient. J’y ai renoncé à la demande des syndicats médicaux.»
D’autres points sensibles ont également été écartés. La possibilité d’introduire des restrictions sur les suppléments d’honoraires avant 2028 a été abandonnée. Et la crainte que le monde politique supprime lui-même des numéros INAMI est, selon lui, infondée.
Le ministre reste toutefois attaché à un principe fondamental. «Les tarifs officiels doivent être l’axe autour duquel le système s’organise, et on ne peut alors pas autoriser que l’on réclame en toute liberté des suppléments d’honoraires très élevés au-delà de ces tarifs.» Pour Frank Vandenbroucke, il ne s’agit pas d’une attaque contre les médecins, mais d’une tentative de maintenir un système abordable et compréhensible pour les patients.
Après leurs plaintes répétées sur un cabinet jugé peu disposé à un véritable dialogue ces derniers mois, les principaux négociateurs de l’ABSyM et du Cartel retiendront surtout cette phrase du ministre : «Les syndicats médicaux n’obtiennent évidemment pas 100 % de ce qu’ils souhaitent. Ce n’est pas ainsi que fonctionne la concertation.»
«Les certificats médicaux ne sont pas le problème central»
Dans le débat sur l’incapacité de travail, Frank Vandenbroucke s’oppose au réflexe consistant à désigner les médecins comme principaux responsables. «L’image selon laquelle le problème résiderait surtout dans des médecins qui délivrent trop facilement des certificats médicaux ne correspond pas à la réalité. Ce n’est pas le problème le plus important.»
Il souhaite néanmoins disposer d’une meilleure visibilité sur les pratiques. «C’est pourquoi nous allons mettre en place une base de données destinée à offrir cette visibilité.» Celle-ci doit permettre d’identifier d’éventuelles anomalies. «Si certains médecins présentent ensuite un comportement de prescription étrange, nous pourrons les appeler à rendre des comptes.»
L’enjeu de cette réforme est, selon lui, clair : «Si nous ne faisons rien, le nombre de personnes en incapacité de longue durée augmentera encore de 100 000 d’ici la fin de la législature.» L’objectif affiché est de stopper cette hausse et de «rester au niveau actuel». La réévaluation régulière n’est pas, à ses yeux, une sanction : «Lorsqu’on se trouve durablement en invalidité, personne ne se préoccupe de vous. Est-ce vraiment inhumain que chacun doive introduire une nouvelle demande tous les deux ans?»
«La solidarité n’est pas un produit commercial»
Il place également les mutualités dans ce cadre de responsabilité, tout en défendant clairement leur modèle d’existence face aux appels à la privatisation. «Ceux qui reviennent sans cesse à la question de savoir “à quel point elles sont riches” veulent en réalité supprimer les mutualités et les remplacer par un système d’assurances privées.»
Selon lui, il s’agit d’une différence fondamentale. «C’est un modèle de solidarité face à un modèle commercial.» Ce débat est, d’après lui, tranché depuis longtemps sur le plan juridique. «La Cour constitutionnelle l’a déjà tranché il y a quatorze ans.»
S’il défend les mutualités, Frank Vandenbroucke précise qu’elles ne bénéficient pas pour autant d’un blanc-seing : «Je suis souvent très critique à l’égard de leur fonctionnement.» Il attend d’elles un rôle bien plus actif dans la réintégration des personnes en incapacité de longue durée. «Elles doivent consentir beaucoup plus d’efforts pour redonner des perspectives professionnelles aux personnes durablement malades. Leur culture à cet égard doit changer radicalement.»
«Se sentir offensé lorsqu’on parle de fraude»
Dans la lutte contre la fraude, le ministre place également la barre haut. «Les mutualités doivent dégager 100 millions d’euros au sein de l’assurance soins de santé en combattant la fraude, faute de quoi elles devront elles-mêmes assumer ces 100 millions.» Il ne nie pas que son approche suscite des crispations. «Le problème, c’est que beaucoup de personnes dans le secteur se sentent offensées lorsqu’on aborde ce sujet.»
Il maintient néanmoins sa ligne: «Sans limites claires, souligne-t-il, le soutien même à la solidarité finit aussi par être mis sous pression.»









Derniers commentaires
Philippe Burton
27 décembre 2025Maintenons le cap sur les fauteurs de troubles que sont les mutuelles : assis sur un pactole de 6,1 milliards d'euros, des bénéfices de 1,45 milliards d'euros depuis 2020 sur les assurances complémentaires... c'est une hérésie. Et des frais de fonctionnement de près de 2 milliards d'euros par an... Sortez les médecins conseils des mutuelles et faites en des experts externes. Resserrez les liens entre ces experts et la médecine du travail. Cessez de demander aux généralistes de faire le job des autres. Revendez le parc immobilier acquis sur le dos de l'enveloppe de soins et vous verrez que nous trouverons les moyens de fonctionner sans coupe rase budgétaire. Laissez aux assureurs la possibilité d'offrir de meilleures couvertures en assurance hospitalisation que les mutuelles et tout ira bien. Vous pourrez revaloriser la psychiatrie et ses réseaux, aider à la prise en charge des enfants en difficultés et à la recherche de famille d'accueil... Comme vous n'anticipez rien : je serai pensionné l'année prochaine et je fais partie d'une groupe de personnes qui vous coûtera environ 8 milliards d'euros dans les 5 ans à venir MAIS il y a encore plus inquiétant : Nous faisons 20000 bébés/an en moins qu'il y a 15 ans... cela veut dire que dans les 20 à 25 ans à venir, vous aurez environs 100000 travailleurs en moins pour alimenter votre système moribond ! Il est grand temps que quelqu'un prenne son courage à 2 mains et anticipe le grand merdier que vous êtes en train de construire cher Mr VDB.
Denis Willame
22 décembre 2025Concernant les suppléments d’honoraires, ne pourrait-on pas mettre un frein aux excès dans le cadre de la déontologie médicale, via l’ordre des médecins, plutôt que de laisser la loi fixer la limite, ce qui nous fera perdre notre arme ultime de négociation dans les accords avec l’INAMI et les mutuelles??
Denis Willame
22 décembre 2025Dire que les personnes défendant la suppression des mutuelles souhaitent un système privé, un modèle commercial et non solidaire est faux et intellectuellement malhonnête…
Je serais très heureux que Monsieur le ministre nous explique et démontre l’efficience et la plus-value pour le bien commun (et non pour les intérêts partisans) de ce système d’intermédiaire entre la sécurité sociale et les bénéficiaires/prestataires de soins…
À ma connaissance, il ne l’a jamais fait.
D’autre part, « le refrain selon lequel elles absorbent de l’argent public doit cesser » mais celui qui consiste à seriner que « la médecine est une activité subventionnée par l’état » (et qu’à ce titre elle devrait perdre son caractère libéral) est lui normal…
Et quand bien même la médecine serait subventionnée par l’état, pourquoi cela remettrait-il totalement en cause notre statut? L’état subventionne via des primes les rénovations des bâtiments mais n’impose pas un tarif horaire aux corps de métiers en bénéficiant… et c’est oublier que la contrepartie de ce tarif de base (minimum) fixé par l’état est que les tarifs des soins, même avec suppléments, restent dans leur écrasante majorité très nettement inférieurs à ceux de systèmes totalement libéraux.
Oui à plus de transparence,
Oui à plus d’efficience,
Non à la perte de notre liberté.
Concernant les suppléments d’honoraires, ne pourrait-on pas mettre un frein aux excès dans le cadre de la déontologie médicale, via l’ordre des médecins ?
Une obligation déontologique avec une garantie ordinale pourrait peut-être calmer les passions de tous côtés à ce sujet et éviterait le caractère
Francois Planchon
22 décembre 2025Et... quand nos élus vont-ils supprimer cette multiplication surréaliste des niveaux de pouvoirs qui ruinent le pays !? On peut leur trouver toutes les justifications les plus surréalistes, mais il reste un fait incontournable, évident : un petit pays de 300 km de long et d'à peine 12 ons d'habitants se ridiculise avec sa régionalisation impayable !
Notre "ville chinoise" de 12 ons de citoyens devrait se diriger "en bon père de famille" avec 15 ministères et une chambre de 100 députés... Les querelles de clocher nous coûtent beaucoup trop cher pour un résultat "paralysant" !
Que nos élus et leurs partis commencent par devenir adultes, et quand on reparlera ensuite des économies à réaliser si cela ne suffit pas...
Fabrice Goossens
22 décembre 2025Ce sont les métiers dits
sales comme éboueurs ou égoutiers qui
contribuent le plus à la proprete.
Et paradoxalement, ce sont dans
les professions de prestige comme
politiques,financiers,
haut-responsables qu'on trouve le plus
d'ordures.
Coluche