Fusion des cercles: le Dr Frédéric Müller alerte sur une perte du terrain

À l’heure où les réformes de la première ligne relancent la question des fusions de cercles de médecine générale, le Dr Frédéric Müller, président de l’A.G.H.H.N. à Namur, met en garde contre une perte progressive du lien avec le terrain. Pour ce médecin généraliste, des structures devenues trop grandes risquent d’éloigner les praticiens des décisions et de fragiliser l’engagement local qui fait encore vivre la médecine générale de proximité.

Les projets de réformes se succèdent dans la première ligne et inquiètent sur le terrain. À Namur, un modèle de cercle de médecine générale à taille humaine prouve depuis des années qu’agilité, proximité et engagement des médecins ne sont pas des idéaux complètement abstraits. Face aux réformes et à la pression de fusion des cercles, le Dr Frédéric Müller, médecin généraliste et président du Cercle et du poste de garde de l’A.G.H.H.N. (Association des Généralistes de la Haute Hesbaye Namuroise), attire l’attention sur la réalité du terrain : « Dans les cercles qui ont déjà franchi un seuil critique de taille, le lien avec le terrain change. Beaucoup de médecins se désinvestissent. De plus en plus de décisions passent entre les mains de personnes “au profil plus administratif” qui ne pratiquent pas. Les coordinateurs de terrain l’observent. Ne pas en tenir compte dans la réforme wallonne serait une faute. »

Un réel investissement local

Voici quinze jours, des membres du cercle formaient le club de football local à l’utilisation du défibrillateur. « Ce matin, ils participaient à l’exercice provincial de catastrophe. La semaine dernière, ils organisaient un jogging caritatif contre la pauvreté à Gembloux. Ce ne sont pas des activités bénévoles isolées : c’est tout un tissu local de solidarité et d’engagement médical de proximité et c’est précisément ce que les réformes en cours risquent de faire disparaître si elles poussent des fusions à marche forcée. »

Pas pour rester « un chef de village »

Quand on évoque la résistance aux fusions de cercles, on entend souvent le même argument condescendant : « Chacun veut rester chef de son village. » Une réflexion que le président namurois réfute : « Nous collaborons intensément avec les autres cercles — les présidents se réunissent, communiquent, règlent des problèmes ensemble, dans une ambiance détendue. Je ne défends pas le repli sur soi, mais une juste taille : soixante-cinq mille habitants, quatre-vingts médecins : une échelle à laquelle tout le monde se connaît encore, où chaque secteur est représenté au sein de son organe d’administration : un médecin qui travaille en maison de repos, un autre impliqué à l’ONE ou à la SSMG, un troisième en centre pour réfugiés, un quatrième au planning familial — tous apportent une compétence distincte que le cercle peut mobiliser et valoriser. »

Si la logique des fusions est séduisante sur le papier — économies d’échelle, cohérence régionale, mutualisation des ressources… — elle se heurte à la réalité du terrain : « Les cercles performants ont mis des années à construire ce qu’ils ont. Les réseaux, les habitudes de collaboration, la confiance entre médecins, les partenariats avec les hôpitaux, les communes, l’université, les structures sociales. Rien de tout cela ne naît par décret. »

Un impact sur les jeunes médecins

Voici quelques années, les jeunes médecins s’investissaient de moins en moins dans les structures associatives. « Chez nous, le cercle a décidé d’y consacrer du temps et de l’énergie — des activités pour que les généralistes se connaissent, se parlent, échangent quand ils se croisent en maison de repos. Aujourd’hui, le CA compte de nombreux jeunes médecins réinvestis, qui se reconnaissent dans la structure. On a investi pour qu’ils reviennent. Ce n’est pas pour les décourager maintenant. »

Fondre ce modèle dans un grand cercle urbain, c’est demander à une réalité rurale de disparaître dans une pratique qui ne la reflète pas. « Une ville n’est pas une région de villages. Ce n’est pas une critique — c’est la réalité. En outre, le médecin généraliste est le dernier à avoir une vision à la fois transversale et de proximité. Il faut la garder. Si on nous impose des structures trop grandes, on travaillera en silos — comme les autres. »

Tout le défi des différentes réformes des ministres Yves Coppieters et Frank Vandenbroucke se situe à ce niveau : « Les réformes doivent être menées tout en laissant cette autonomie qui fait la respiration de notre métier, notre engagement. »

La question du financement : liberté contre dépendance

Aujourd’hui, le cercle namurois a professionnalisé une partie de son fonctionnement — un médecin rémunéré à quart-temps comme coordinatrice médicale, qui gère le poste de garde, maintient les contacts avec les hôpitaux, participe aux réunions en journée. Cela coûte. « Cela nécessite un financement. Mais ce financement est une arme à double tranchant : plus il augmente, plus le risque de perdre son autonomie grandit. Nous acceptons un financement — mais un financement qui laisse les soignants décider, qui permet d’être “qualitatif et créatif”, sans transformer les cercles en prestataires sous contrat. »

Le Dr Müller insiste : en cette période, les autorités ne doivent pas avoir la mémoire courte. « La confiance dans notre profession est réelle. Nous l’avons encore vu pendant le Covid. Nous étions fortement sollicités pour des conseils, pour valider, pour apaiser, pour réexpliquer des mesures qui étaient prises par nos institutions… »

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Derniers commentaires

  • Simone ULRIX

    26 mai 2026

    Cher Confrère Gueben
    l'organisation des postes médicaux de garde n'est pas la seule mission des cercles et plusieurs cercles peuvent s'associer pour gérer un PMG.
    L'obtention d'un subside pour engager un secrétariat n'est pas non plus la seule raison d'être d'un cercle.
    Si vous êtes seul à vous battre, peut-être faut-il vous demander justement pourquoi.
    Les jeunes médecins ne sont pas désintéressés, ils ont besoin de sens pour s'engager.
    Par contre, je suis tout à fait d'accord avec vous sur le fait que la gestion de ce que vous appelez les "bulles financières socialistes" n'a rien d'amusant. On voudrait nous casser qu'on ne ferait pas autrement!

  • Robin GUEBEN

    22 mai 2026

    Le budget prévisionnel annuel de notre cercle de garde de 300.000 habitants est d'environ 1,5 millions d'euros pour 350 médecins. Le cercle de garde est calqué sur le bassin de soins et l'hospitalier, les réseaux sont parallèles et efficients. La communication entre les 2 lignes se passent mieux.

    Démultipliez des cercles plus petits que le bassin de soin n'a donc pas de sens et augmentera les coûts car si j'ai 5 cercles de garde de 60.000 patients, j'ai 5 secrétaires ou lieu de 1 pour 300.000 patients et ce ne sont pas 5 secrétaires payées 5x moins, elles sont payées à un barême de secrétaire.

    Démultiplier les cercles permet aux MG de "se planquer" et de laisser la charge de travail à la seconde ligne où les coûts des soins sont 5x à 10x plus chers.

    Soit vous montrez des indices de performance meilleurs, soit vous serez fusionnés à l'hospitalier pour réduire les frais structuraux et médicaux réels.

    Prendre les jeunes et leur bien-être comme prétexte est malhonnête : où sont-ils, qui sont-ils ? Je suis le seul à me battre. Les jeunes se désintéressent car les bulles financières socialistes sont très difficiles à réformer ou à pénétrer.