Alors que le Cartel, dont il est membre, a choisi de se mobiliser ce 7 juillet , le GBO avait annoncé qu’il ne participerait pas à cette mobilisation. Le syndicat a préféré tenir une conférence de presse pour dénoncer la pénurie de généralistes, la surcharge de travail et les dangers d’une privatisation des soins, tout en réaffirmant son choix du dialogue plutôt que de l’affrontement.
Tensions autour du projet de loi du ministre Vandenbroucke en cette journée de grève de certains médecins. Du côté du GBO, plusieurs médecins membres n’ont pas nécessairement compris pourquoi le syndicat ne s’était pas joint à ce mouvement. L’une des principales critiques est la suivante : le GBO serait pour une médecine d’État. Le Dr Pascaline D’Otreppe, vice-présidente du GBO, se veut très claire : « De quoi parle-t-on quand on parle de médecine étatisée ? Nos patients sont multiples. On ne défend pas un modèle plus qu’un autre. La sécurité sociale fait partie d’un système global. On ne peut pas s’inscrire dans un mouvement de grève corporatiste. La question n’est pas juste le salaire des médecins. Le médecin possède une responsabilité sociale en santé, il ne faut pas l’oublier. On ne peut pas jouer sur les IPP si on ne revoit pas l’offre agroalimentaire. Si on faisait grève pour la pénurie, on serait d’accord… mais pas pour des suppléments d’honoraires. »
Attention aux fake news
Aujourd’hui, les médecins stressés, débordés, n’ont plus toujours le temps de s’informer en profondeur : « Le rôle des fake news est très important dans ce débat. Ce qui est sur la table ne vaut pas une grève, mais on comprend le malaise des médecins. Par contre, peut-être qu’on fera une grève, parce que ce qui nous attend, ce sont 600 millions d’économies. Il y a vraiment des raisons de faire une grève plus sociale avec d’autres acteurs de la société », explique le Dr Cuvelier, président du GBO. « Nous sommes en négociation avec le ministre pour que la maîtrise des coûts ne se fasse pas au détriment de l’indépendance du médecin et du secret professionnel. Par ailleurs, le risque d’atteinte au modèle de concertation nous interpelle. Nous avons obtenu le principe de convention partielle avec des contrôles efficaces pour favoriser la transparence pour les patients. Des clarifications ont également été apportées sur la suppression des numéros Inami. »
La tension entre les syndicats est réelle.
« Un syndicat sur trois a appelé à faire grève. La grève est un devoir. À ce stade, on a estimé que ce n’était pas notre devoir. Nous préférons le dialogue. On n’a jamais défendu le ministre pour défendre le ministre. Cela ne fait pas de nous un syndicat subordonné au ministre en place », souligne le Dr Paul de Munck, du GBO. « C’est un mauvais procès qu’on nous fait. Nous ne pouvons pas accepter qu’un interniste facture sept fois le prix. Cela met notre profession en danger. »
Pour le Dr Anne Gillet, vice-présidente du GBO, « l’ABSyM a deux responsabilités énormes sur la pénurie de généralistes et sur la non-structuration des soins de santé. La première chose que les généralistes demandent, c’est d’avoir du temps pour les patients. » Il faut des suppléments pour ce temps et le ministre doit l’entendre. Le GBO veut le plateau le plus large en matière de solidarité pour éviter les suppléments. « Nous réclamons notamment un code de nomenclature pour l’échographie des généralistes. Par ailleurs, nous ne voulons pas augmenter la part du patient. On a quand même fait la proposition d’indexer le ticket modérateur pour donner un peu de souffle à la médecine générale pour des actes qui sont utiles. Sur ce dernier sujet, nous sommes encore divisés. »
La question de la surcharge de travail est bien réelle : « Nous dénonçons une pénurie depuis 2005. Le quota universitaire est insuffisant et la surcharge administrative est bien réelle. »
Non à la privatisation
La privatisation des soins « est dangereuse tant pour les patients que pour les médecins », note le Dr Pascaline D’Otreppe. « La grève peut amener une augmentation du système assurantiel qui peut retirer de la liberté de décision au médecin. »
La colère concerne de nombreux points : « On dit que nous prescrivons trop d’antibiotiques. Les médecins ont réalisé des efforts sur les prescriptions des antibiotiques, des antiacides (c’est aussi un problème sociétal : les gens sont plus stressés), des incapacités de longue durée (les généralistes ne sont pas trop gentils ou corrompus, mais les patients sont stressés et usés dans leur travail. Nous sommes un pays avec la plus grosse productivité du monde…). Les médecins ne sont pas laxistes. Ils doivent arbitrer des conflits sociétaux », ajoute le Dr Cuvelier.
Le GBO parle aussi de frustrations au travers de thématiques comme « le prix démentiel des nouveaux médicaments, la suppression de la phonoconsultation, les gardes payées de façon inadéquate (150 euros en Wallonie dans certaines régions en faisant 80 km et 600 à 700 euros à Bruxelles)… »
Le GBO termine sa prise de parole sur une phrase simple mais éclairante : « Nous voulons des médecins heureux. »
À suivre…









Derniers commentaires
Nathalie PANEPINTO
07 juillet 2025https://www.cesewallonie.be/actualites/comment-evolue-la-productivite-en-wallonie
L’évolution de la productivité en Wallonie est en retrait par rapport aux entités retenues pour la comparaison, en particulier celles situées en Allemagne où la productivité augmente deux fois plus vite. La Frise et la Bretagne ont connu une évolution globalement comparable à celle de la Wallonie ente 2003 et 2019.
Évolution de la productivité horaire du travail dans les régions de tradition industrielle
En 1991, dans une étude intitulée « Les régions de tradition industrielle » publiée aux éditions De Boek (2), des économistes wallons ont tenté de déterminer quelles étaient les régions d’Europe les plus comparables à la Wallonie sur une base historique. Les régions européennes retenues par les auteurs, qualifiées de régions de tradition industrielle (RETI), ont été tout comme la Wallonie de véritables « locomotives économiques » lors de la révolution industrielle. Ces dernières ont connu dans les années ’70 et ’80 de nombreuses restructurations et reconversions d’industries jadis fleurissantes.
La période qui a suivi la crise bancaire et financière de la fin de l'été 2008 a été particulièrement propice aux RETI espagnoles qui ont connu une hausse importante de leur productivité horaire du travail dont le niveau est aujourd’hui nettement supérieur à ceux des autres régions de tradition industrielle.
Le Nord-Pas-de-Calais voit sa productivité horaire évoluer de manière similaire à celle de la Wallonie. Seuls 3 RETI (Lorraine, Hambourg, Brême) connaissent des niveaux de productivité inférieurs à celui de la Wallonie sur la période envisagée.
Les régions allemandes de tradition industrielle les plus performantes en termes de productivité présentent des profils évolutifs globalement comparables à ceux de la Wallonie, mais leur niveau de performance en la matière est inférieur à celui des Régions allemandes retenues dans le rapport du CNP (Saxe, Saxe-Anhalt).