Jean-Pascal Labille : « Je ne suis pas un Torquemada de l'interdiction des suppléments d'honoraires »

Invité du symposium de l’ABSyM-Bruxelles, le 30 mai à l’ULB Erasme, consacré à la question « Pourquoi faut-il réformer aujourd’hui ? », Jean-Pascal Labille, secrétaire général de Solidaris, s’est vu confier « les deux questions les plus faciles » : la concertation sociale et les suppléments d’honoraires. De la première, il a livré un plaidoyer ; de la seconde, l’explication du vote « contre » de sa mutualité au dernier accord médico-mutualiste.

Jean-Pascal Labille a choisi d’aborder la concertation « non pas pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle ne doit pas devenir ». Premier garde-fou, le plus fondamental : elle « ne peut pas devenir une chambre d’entérinement des décisions déjà prises par un gouvernement, sinon il n’y a pas de concertation par définition ». Il la définit comme « un espace de pouvoir, au sens noble du terme », capable de produire des décisions contraignantes et tirant sa légitimité de l’expérience de terrain. Sans les nommer, il a écarté « l’agressivité de certaines organisations dites de médecins qui ne font que du poujadisme. On peut ne pas être d’accord, mais on doit en discuter pour trouver un accord. »

La conflictualité, « vitale pour la démocratie »

Deuxième point : la concertation « n’est pas un espace plat ». La conflictualité politique y est « non seulement normale, mais nécessaire, voire vitale pour la démocratie ». Il y voit la traduction d’une tension inhérente à tout système de redistribution : « D’un côté, la juste rémunération des prestataires ; de l’autre, l’accessibilité financière aux soins. » Une tension qui ne fait pas des mutuelles et des médecins des adversaires : « Il est caricatural d’opposer les uns aux autres. » Troisième pilier, la cohésion sociale, qu’il illustre par le système bâti au Rwanda après le génocide, où l’objectif premier était « de faire aventure humaine commune ».

Sur la lettre de mission, l’homme fort de Solidaris tire la sonnette d’alarme : « Elle ne renforce pas la concertation mais constitue un cadrage politique préalable », symptôme d’un glissement européen « de la cogestion paritaire vers une gestion quasi exclusivement politique ».

La ligne rouge des suppléments

Solidaris a voté contre l’accord médico-mutualiste, rappelle-t-il. Non par hostilité à la concertation, mais parce qu’« une ligne rouge a été franchie ».

« Je ne suis pas un Torquemada de l'interdiction des suppléments d'honoraires, mais vous comprendrez que le premier prisme de lecture qui est le nôtre, c'est l'accessibilité aux soins de santé », justifie-t-il. Et le dispositif censé compenser l’interdiction, au 1er janvier 2026, des suppléments d’honoraires pour les patients BIM en ambulatoire : la possibilité, pour certaines prestations, de facturer des frais supplémentaires à tous les patients lorsque l’honoraire ne couvre pas les coûts. « On supprime des suppléments d’un côté et on les fait réapparaître de l’autre sous une autre forme », déplore-t-il, reprenant la formule de Jacques de Toeuf dans Le Spécialiste : « Le pseudo-code, c’est un nouveau montant à charge du patient. » Son principe : « Rien à charge du patient. » La solution logique aurait été de valoriser ces prestations via un budget spécifique en 2026 – un financement non prévu.

Les suppléments ne peuvent être traités isolément : ils forment « les trois piliers d’une même réforme » avec la nomenclature – « un vieux monstre du Loch Ness » à réévaluer objectivement – et le financement hospitalier, que ces suppléments contribuent aujourd’hui à boucler.

Sur le conventionnement, qu’il soutient, il plaide pour un double mécanisme : des incitants positifs et une régulation plus contraignante là où le taux reste trop bas. Il y ajoute deux exigences : revoir le numerus clausus, qui « a créé de la rareté », et réguler la pratique des spécialistes hors hôpital, ces polycliniques qui « entrent en concurrence avec l’hôpital, notamment en matière de garde ».

La question des BIM

Les questions de la salle ont prolongé le propos. Sur le statut BIM, qu’un confrère souhaitait voir audité, Jean-Pascal Labille s’est dit favorable à ce que seuls « ceux qui en ont réellement besoin » en bénéficient, à condition de donner aux mutuelles « accès à l’ensemble des revenus », sans renoncer au caractère universaliste de la sécurité sociale : « On cotise selon ses revenus, on utilise selon ses besoins. »

Autre question : dérive-t-on vers un système administré ? « Aujourd’hui, non, mais attention aux mécanismes qu’on met en place », répond l’intéressé. Et de rappeler les socles de 1964 : libre choix du médecin, liberté thérapeutique, liberté de conventionnement, protection des plus faibles. « Soixante ans plus tard, ces balises me paraissent encore être les bonnes. »

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Derniers commentaires

  • Robin GUEBEN

    01 juin 2026

    Vous ne voulez pas nous parler, dont acte. Mais si on vote un jour pour nous aux élections syndicales, on se verra en concertation medico-mut d'office. À ce moment-là, nous ne voudrons plus réparer la créature de Frankenstein que vous élaborez avec le ministère, l'hospitalier et l'ambulatoire forfaitaire : nous l'annihilerons.