Les syndicats voulaient des réponses, les ministres sont venus avec leurs chiffres, leurs convictions… et une franchise parfois déroutante. Durant une plénière très attendue lors du Congrès de médecine générale, la garde médicale a cristallisé un débat déjà sous tension. Au fil des échanges, les visions se sont heurtées frontalement, révélant un fossé persistant entre terrain et décideurs.
Le débat politique, point d’orgue du dernier Congrès de médecine générale, a accouché d’une séquence frontale entre le Dr Guy Delrée, président de la FAGW, et Frank Vandenbroucke, ministre fédéral de la Santé.
Le Dr Guy Delrée n’a pas tourné autour du pot pour introduire le débat autour de la garde. « Un médecin de garde travaille toute la journée qui précède et toute la journée qui suit. Il est légitime qu’il puisse dormir et ne pas être réveillé pour des N7 qui peuvent attendre. »
Pour rappel, les N7 désignent un code du manuel belge de régulation médicale regroupant des situations nécessitant l’avis d’un médecin dans les 12 heures, sans caractère urgent immédiat. Autrement dit, des demandes qui peuvent théoriquement être différées à la journée si l’état du patient le permet.
L’argument du Dr Guy Delrée est organisationnel autant que clinique : si l’évaluation peut attendre jusqu’au matin sans risque, pourquoi envoyer un médecin en pleine nuit, au moment où la pénurie rend déjà chaque heure de repos bienvenue ? Les postes de garde fonctionnent déjà sous pression et chaque appel différable mobilise la nuit pèse sur un dispositif fragilisé par la pénurie.
« Abdiquer ce niveau, c’est abdiquer une mission de médecine générale. »
« Guy, je connais votre combat », répond le ministre. Quelques rires dans la salle, qui vont vite s’estomper. « Maintenant, soyons sérieux : il n’y a pas un désaccord entre vous et moi. Il y a un désaccord entre vous et la grande majorité des experts », a-t-il lancé avant d’attaquer le cœur de la revendication.
Pour lui, les N7 relèvent bel et bien d’une intervention médicale qui ne peut pas être reportée. Puis il a dégainé ses chiffres : « Entre 23 h et minuit : 13 appels pour toute la Wallonie. Entre minuit et 1 h : dix. Entre 1 h et 2 h : huit. Vous dramatisez totalement la réalité. Elle est parfaitement gérable. Vous n’aurez pas d’accord sur ce point. »
Le Dr Guy Delrée ne s’est pas laissé impressionner : « Le 1733 ne fait pas du tri médical. Nous ne sommes pas des superviseurs de préposés. » La salle a applaudi, signe que le propos touchait un nerf bien réel chez les généralistes présents.
Frank Vandenbroucke a aussitôt rétorqué, haussant le ton : « Je ne suis pas venu pour me rendre populaire. » Avant de reprendre : « Abdiquer ce niveau, c’est abdiquer une mission de médecine générale. » Et d’avancer sa solution : une centralisation de la garde via téléconsultation. « Avec un ou deux médecins pour toute la Wallonie, on peut assurer une évaluation médicale et laisser dormir les autres. Je vais restaurer le remboursement pour cela. »
Le Dr Guy Delrée, lui, maintient que seul un médecin peut décider si l’évaluation peut être différée. « C’est une question de responsabilité, pas de statistiques », a-t-il insisté, en rappelant que les opérateurs du 1733 ne posent pas un diagnostic mais classent une urgence.
La Wallonie rappelle ses réalités
Face à la vision statistique et nationale du ministre fédéral, Lawrence Cuvelier, président du GBO, a ramené la discussion au terrain. Distances importantes, faible densité, dispersion des appels : « Deux appels dans une nuit peuvent être plus difficiles à gérer qu’un flux dense en ville. »
S’est alors ajouté un malaise plus inattendu : celui de la communication dans les groupes de travail. « Les réunions sont quasi exclusivement en néerlandais. C’est très difficile de défendre une position dans ces conditions », glisse le Dr Guy Delrée.
Le ministre fédéral a immédiatement rejeté cette lecture, assurant que « le problème n’est pas communautaire. Si vous voulez communautariser ce débat, c’est une erreur fondamentale ». Et, liste à la main, de citer les PMG qui sont en pénurie. « Ce ne sont pas des PMG wallons », dit-il.
Mais le signal était lancé : la crise de la garde n’est pas seulement un conflit sur les chiffres ou les procédures. C’est aussi une question de représentativité et de place autour de la table.
Coppieters, l’intermédiaire pragmatique
Au milieu de ce bras de fer, Yves Coppieters a tenté de ramener l’échange sur un terrain plus constructif. « On ne peut pas rester dans cette incompréhension pendant des années », estime-t-il, reconnaissant la portée du désaccord mais cherchant à en sortir par le haut. Il propose une approche graduelle : professionnaliser le tri, renforcer le rôle des cercles de médecine générale et inscrire la question de la garde dans la dynamique plus large des futurs OLS.
Le ministre wallon a aussi rappelé que la garde ne peut pas être pensée sans tenir compte des spécificités territoriales. « La Wallonie n’a pas la densité de Bruxelles ou d’une grande ville flamande. Les distances, les zones rurales, la région germanophone… ce sont des réalités qui comptent. » Sans remettre en cause le modèle fédéral, il appelle à reconnaître que « ce qui fonctionne dans un bassin urbain très dense ne peut pas être transposé tel quel partout ».
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Derniers commentaires
Alexis JANCEN
02 décembre 2025A quand dans la nomenclature un code étrennes de votre médecin généraliste , de votre infirmier ... ; privilège (?) actuellement réservé aux éboueurs, facteurs? nos déplacements se font aussi par tout vent et tout temps.
Le facteur a son outil de déplacement (voiture fourni par l'employeur) et le parque à sa meilleure convenance pour délivrer le courrier pré-trié sans PV . le médecin trimballe sa trousse son appareil ECG et la trousse de prélèvements dans un dédale de rues quitte à la voir enlevée par un auxiliaire de parcage constatant un oubli de réglage du disque.
Oui Monsieur Vandenbroeck je devrai faire autre chose à 82 ans et vous encenser, mais le cœur n'y est pas
Patrick JADOULLE
28 novembre 2025J'étais présent à cette séance plénière et je relève une erreur dans votre article. En effet la phrase « C’est une question de responsabilité, pas de statistiques », a été prononcée par le ministre Vandenbroucke et pas par Guy Delrée.
Dr Patrick Jadoulle