Alors que la Belgique a battu en 2025 son record de faillites tous secteurs confondus, les cabinets médicaux suivent le mouvement inverse. Avec 17 médecins déclarés en faillite sur l'année, le plus bas niveau depuis 2021 , la profession confirme une résilience qui se dessine depuis 2022, à rebours d'une économie où les défaillances s'accumulent.
Un médecin peut-il faire faillite ? Oui, et depuis longtemps pour ceux qui exercent en société : une structure de ce type a toujours pu être déclarée insolvable. Depuis mai 2018 et l'entrée en vigueur du livre XX du Code de droit économique, les professions libérales exerçant en personne physique sont à leur tour devenues des « entreprises » soumises aux règles de l'insolvabilité.
Statbel suit ces faillites année après année. Sur la dernière décennie, la courbe des médecins ressemble à une suite de dents de scie, sans dérive de fond : 3 cas en 2016, 28 en 2018, jusqu'à 39 au plus haut en 2019, et 17 l'an dernier.
À contre-courant des records
Le contraste avec le reste de l'économie est saisissant. En 2025, les tribunaux de l'entreprise ont prononcé 11.665 faillites, une hausse de 5,4 % par rapport à 2024 (11.067) et le total le plus élevé depuis 2013. La construction, le transport, les activités scientifiques et techniques ont chacun signé un record. L'année 2026 a démarré sur le même rythme, avec 4.207 faillites à la fin avril. Dans ce paysage tendu, les cabinets médicaux font figure d'îlot : 22 médecins en 2023, 22 encore en 2024, 17 en 2025. Sur les quatre premiers mois de 2026, on relève neuf cabinets de médecins en cessation de paiement – huit généralistes, un spécialiste.
Les faillites de médecins restent des événements rares et, surtout, qui ne suivent pas la vague. Là où l'inflation, les coûts de l'énergie et la fin des soutiens post-covid ont fait remonter les faillites partout ailleurs, la patientèle d'un cabinet, elle, ne se tarit pas du jour au lendemain.
Un pic en 2019, l'accalmie d'après
Si l’on analyse les dix dernières années, le pic se situe en 2019, avec 39 médecins déclarés en faillite. Viennent ensuite les deux années de pandémie, 2020 et 2021, en net repli (21 cas chacune). Le rebond de 2022 (35) ressemble au contrecoup différé de la crise sanitaire, lorsque la baisse d'activité du début de la pandémie a fini par rattraper les cabinets les plus fragiles. Puis le reflux s'installe : 22, 22, 17.
Le tableau confirme aussi une régularité ancienne : les spécialistes sont le plus souvent plus nombreux que les généralistes à mettre la clé sous la porte. Deux explications au moins sont avancées : des investissements – donc des charges – plus lourds, et l'habitude plus ancienne d'exercer en société. La règle souffre toutefois des exceptions. En 2022, le rapport s'était inversé (18 généralistes pour 17 spécialistes) et les premiers mois de 2026 penchent eux aussi du côté des généralistes. Mais les effectifs sont si faibles qu'il serait hasardeux d'en tirer une tendance.
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Année |
Généralistes |
Spécialistes |
Médecins (total) |
Dentistes |
Autres activités de santé |
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2016 |
0 |
3 |
3 |
3 |
32 |
|
2017 |
0 |
5 |
5 |
3 |
30 |
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2018 |
13 |
15 |
28 |
14 |
95 |
|
2019 |
12 |
27 |
39 |
16 |
142 |
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2020 |
8 |
13 |
21 |
9 |
69 |
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2021 |
10 |
11 |
21 |
4 |
59 |
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2022 |
18 |
17 |
35 |
13 |
85 |
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2023 |
10 |
12 |
22 |
7 |
104 |
|
2024 |
5 |
17 |
22 |
8 |
95 |
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2025 |
6 |
11 |
17 |
9 |
108 |
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2026* |
8 |
1 |
9 |
1 |
38 |
*Janvier à avril 2026. Source : Statbel, faillites par classe d'activité (NACE-Bel).
Si l'on cherche où la pression financière se concentre dans les soins de santé, ce n'est pas du côté des médecins qu'il faut regarder, ni de celui des dentistes – stables, autour de huit à neuf faillites par an. C'est la rubrique « autres activités pour la santé humaine » qui décroche : kinésithérapie, logopédie, laboratoires, soins infirmiers hors hôpitaux et maisons de repos… On y a recensé 108 faillites en 2025, tout près du pic de 2019 (142), au terme d'une remontée quasi continue depuis le creux de 2021 (59). Ce sont ces métiers de la première ligne et du paramédical, souvent moins capitalisés et plus exposés à la hausse des coûts, qui portent aujourd'hui l'essentiel des défaillances du secteur de la santé. Les activités hospitalières, elles, échappent presque entièrement à la statistique : aucune faillite recensée depuis 2018. Non que tout y soit florissant, mais l'hôpital obéit à une autre logique. Restructurations, fusions et réseaux locorégionaux y tiennent lieu de régulation, là où le cabinet libéral, lui, dépose son bilan.
Quand un cabinet ferme
Derrière chaque faillite reste un cabinet qui s'arrête. Qu'advient-il des patients et de leurs dossiers ? Une procédure existe. Sur la base d'une liste de volontaires présentée par l'Ordre des médecins, le juge en charge de la faillite désigne un co-praticien de l'insolvabilité, chargé de repérer et de sauvegarder les dossiers médicaux, puis de contacter les patients pour transmettre leur dossier au confrère qui assurera le suivi. Faute de successeur connu ou choisi par le patient, l'Ordre conserve le dossier dans ses archives – un travail d'autant plus fastidieux que subsistent des dossiers papier. Le médecin pris dans la faillite d'une société médicale peut, lui, reprendre son activité à titre d'indépendant.
L'aspect financier n'est du reste qu'une partie du problème. À la difficulté comptable s'ajoute souvent une détresse morale, à laquelle l'Ordre tente de répondre via le dispositif « Médecins en difficulté » et les commissions professionnelles et sociales mises sur pied par les conseils provinciaux.








