Médecine générale : ce qui a changé en 10 ans… et ce qui bloque toujours

La Plateforme de la première ligne wallonne (PPLW) et la chaire interdisciplinaire Be.Hive ont demandé, le 19 mai 2026, à chaque profession de soins de la première ligne ce qui a changé chez elle en dix ans et ce qui freine encore la coopération. Sept métiers se sont exprimés lors du premier des deux webinaires. Pour la médecine générale, Paul De Munck, ancien président du GBO, a dressé un état des lieux où les chantiers ouverts l'emportent largement sur les dossiers refermés.

La médecine générale évolue. Certaines transformations sont commentées depuis longtemps : la pratique de groupe (monodisciplinaire ou multidisciplinaire) continue de croître, accompagnée d'une diversification des modes de financement : à l'acte, au forfait dans les maisons médicales, et désormais via les projets pilotes New Deal – encore faut-il que la formule prenne. La féminisation se confirme : « Près de 70 % des médecins généralistes de moins de 55 ans aujourd'hui sont des femmes », note Paul De Munck. La crise du Covid a, de son côté, fait reconnaître le rôle de pivot de la première ligne : « Les téléconsultations ont été instaurées à l'initiative des médecins généralistes lorsque les cabinets ont été partiellement fermés », rappelle Paul De Munck.

Le reste tient davantage de la contrainte que de la conquête. L'informatisation est devenue une obligation, certes soutenue par une prime annuelle aux alentours de 6.000 euros - ce qui est bien plus élevé que dans les autres professions de la première ligne. L'IA s'invite dans le colloque singulier, qui « va devoir s'adapter à tout ça ». Et la charge administrative « ne diminue pas, c'est un gros problème, avec la multiplicité des certificats, les formalités de remboursement et les papiers en tout genre ».

Une profession en chantier

La pénurie continue de structurer la médecine générale wallonne : 3.767 médecins généralistes actifs pour seulement 3.320 équivalents temps plein, et un manque d'environ 165 médecins pour atteindre 0,9 médecin pour 1.000 habitants. L'inversion de tendance n'est attendue qu'à partir de 2031-2032. La garde reste, dans l'intervalle, « un gros problème, une épine dans le pied » et « parfois un frein à l'installation ».

La consultation longue n'est toujours pas honorée à sa hauteur dans la nomenclature, alors qu'une réforme est attendue « depuis des décennies », regrette Paul De Munck. L'échelonnement n'existe « toujours pas en Belgique », regrette également l’ancien président du GBO. Les structures qui devraient organiser la première ligne sont toujours absentes : « On n'a toujours pas les OLS, les bassins de vie et un Institut de première ligne », constate le généraliste. Les pressions budgétaires, fédérales et régionales, « réduisent notre marge de manœuvre pour mieux organiser cette collaboration ». Et la recherche scientifique en médecine générale reste « insuffisamment développée et sous-financée ».

Pendant ce temps, autour du généraliste

Le contraste avec les autres professions présentées le même jour est saisissant. La loi sur l'exercice des professions de santé (LEPS, ex-arrêté 78) a redistribué les cartes, comme l'a détaillé Miguel Lardennois, infirmier et inspecteur à la Commission fédérale de contrôle des professionnels de santé. Depuis 2024, les infirmiers responsables de soins généraux disposent de 60 % d'actes autonomes (les B1). Un nouveau métier, l'assistant en soins infirmiers (ASI), sortira des écoles flamandes en juin et des écoles francophones trois ans plus tard. Surtout, les infirmiers de pratique avancée (IPA) (déjà 80 en Belgique) peuvent désormais, sur la base d'une convention passée avec un médecin, « aller mordre dans l'autre boule qui est à côté de l'art infirmier qui s'appelle l'art de guérir ».

La délégation infirmière s'étend par ailleurs vers les « aidants qualifiés » (aides familiales, éducateurs, puéricultrices) et un arrêté d'exécution attendu en 2026 ouvrira cette délégation aux paramédicaux : « une révolution », selon M. Lardennois. Le pharmacien, lui, a empilé en dix ans de nouvelles missions : pharmacien de référence (2017), BUM asthme puis BPCO, revue de médication, sevrage des benzodiazépines (2023), vaccinations, dispensation des colotests. La sage-femme est autonome depuis octobre 2018, prescrit, vaccine les enfants de 0 à 2 ans et accède depuis un an aux plannings familiaux.

Un pivot qui n'a pas le temps

Dans ce paysage en recomposition, Paul De Munck pointe un signal qu'il juge inquiétant : « Il y a une volonté de l'INAMI aujourd'hui de supprimer le financement des projets pilotes des concertations médico-pharmaceutiques. Je pense personnellement que c'est une erreur. » Le partage des tâches s'accélère sur le terrain et les outils de concertation, eux, se raréfient.

« Le généraliste tient à jouer un rôle central dans la coordination des soins et souhaite de plus en plus s'inscrire dans l'exercice de l'interdisciplinarité. » Mais sa disponibilité effective pour cet exercice « n'a pas évolué suffisamment dans le bon sens », constate encore le Dr Paul De Munck. Deux des cinq difficultés de collaboration qu'il identifie le confirment : « manque de temps pour la coordination et pas de rémunération prévue » et « absence d'un cadre de concertation clair et permanent ».

Le second webinaire, le 26 mai, doit entendre les psychologues cliniciens, dentistes, kinésithérapeutes, diététiciens, aidants proches et coordinateurs de soins.

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.