Nous médecins qui ne faisons pas la grève ce 07 juillet...

Un collectif de plus de 300 soignants prend ses distances avec la grève organisée ce lundi contre la loi-cadre du ministre Vandenbroucke. Dans une carte blanche publiée dans Le Soir, ces praticiens, dont les Drs Louis Boulvin et Nicolas Pierre, appellent à privilégier la concertation et à garantir l’accessibilité des soins avant tout.

Alors qu’une partie du corps médical observe ce lundi une journée de grève nationale à l’appel notamment de l’ABSyM, un collectif de plus de 300 médecins généralistes, infectiologues, pédiatres, sages-femmes, hématologues, neurologues et autres soignants fait entendre une voix différente. Dans une carte blanche publiée lundi dans Le Soir, ces praticiens, parmi lesquels les Drs Louis Boulvin et Nicolas Pierre, généralistes dans des maisons médicales au forfait, expliquent pourquoi ils ne rejoignent pas le mouvement.

Ces médecins affirment partager nombre des critiques adressées à la politique de santé du gouvernement et à la méthode du ministre de la Santé publique, Frank Vandenbroucke (Vooruit). Ils dénoncent le manque de concertation et le caractère « fourre-tout » du projet de loi-cadre. Mais ils estiment qu’« il est plus que temps de se rappeler le serment qui nous engage tous et toutes en tant que médecin, et la déontologie qui est la nôtre : le médecin place les intérêts du patient et de la collectivité au-dessus de ses propres intérêts financiers ».

Une loi-cadre critiquée, mais un combat mal orienté

Les signataires rappellent que la loi-cadre vise notamment à inciter au conventionnement, à limiter les avantages des médecins non-conventionnés et à plafonner les suppléments d’honoraires. Selon eux, « si tout n’est pas à prendre dans cette proposition de loi, tout ce qui peut participer à rendre les soins accessibles et à empêcher une médecine à deux vitesses doit être mis en œuvre ».

Ils pointent les données préoccupantes sur le renoncement aux soins : « En 2024, 41% des Belges auraient reporté des soins de santé en raison d’un manque de moyens financiers », écrivent-ils. « La pauvreté s’approfondit dans notre pays et des couches de plus en plus larges de la classe moyenne se retrouvent précarisées. »

L’ABSyM dans le viseur

Le collectif reproche à l’ABSyM, syndicat moteur de la mobilisation, de se focaliser sur la défense des revenus des médecins tout en ayant été absent sur d’autres fronts : « Où était l’ABSyM quand le secteur infirmier et hospitalier se mobilisait pour le refinancement ? Où était l’ABSyM pour défendre les pensions des travailleurs de la santé ? » Ils dénoncent également son rôle dans le maintien du numerus clausus : « L’ABSyM a une responsabilité écrasante dans l’instauration et l’inflexibilité du numerus clausus, cause première de la pénurie de médecins. »

Les limites des suppléments d’honoraires en débat

Les auteurs de la carte blanche précisent que la limitation des suppléments envisagée par la loi-cadre – 125 % pour les soins hospitaliers et 25 % pour les soins ambulatoires – ne concerne qu’une minorité des praticiens. « Aucun médecin devant limiter ses suppléments d’honoraires ne se retrouvera à la rue », affirment-ils. « Les chiffres de revenus nets après impôts des médecins ont été plusieurs fois étudiés. La preuve en est les médecins, généralistes ou spécialistes, qui ont un niveau de vie plus que décent tout en étant 100% conventionnés. »

Un appel au débat de fond

Enfin, les signataires appellent à dépasser la logique du « sacerdoce » pour justifier des conditions de travail intenables et des tarifs élevés : « Si les horaires sont intenables et les semaines de 70 heures, il faut s’attaquer au problème de la pénurie, et pas en faire une fierté qui engendre de la souffrance chez les médecins et justifierait une envolée des prix pour les patients. »

Ils invitent les soignants, les patients, les décideurs et les citoyens à travailler ensemble à une réforme qui garantisse l’accessibilité des soins : « L’accessibilité n’est pas un luxe, c’est un pilier fondamental de la santé publique. »

> Lire l'intégralité de la carte blanche 

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.