Pedro Facon face aux dossiers sensibles du système de santé

Depuis le début de l’année, l’ancien commissaire corona et ex-chef de cabinet de Maggie De Block, Pedro Facon (44 ans), est officiellement à la tête de l’INAMI. Sa prise de fonctions a donné lieu, le week-end dernier, à plusieurs entretiens dans la presse généraliste flamande. Deux journaux, De Tijd et De Standaard, ont notamment interrogé le nouveau patron de l’INAMI, qui y formule plusieurs observations sur les médecins et sur le système de santé belge.

De Tijd l’aborde sous l’angle des réformes annoncées. De Standaard part d’une question plus personnelle, comment Pedro Facon veut durcir l’approche des malades de longue durée alors qu’il a lui-même, il n’y a pas si longtemps, traversé un burn-out. Il explique à ce sujet qu’il ne jugeait pas nécessaire de le qualifier ainsi, « je ne trouvais pas si important de le nommer de cette manière ». Il décrit toutefois « une grande fatigue, des troubles du sommeil, même de l’insomnie, ainsi que des crises d’angoisse ». Il dit être revenu plus solide de cet épisode, avec une leçon, « dans beaucoup de cas, cela finit par s’arranger ».

Quels plans met-il en avant ?

Sur le rôle et la responsabilité des médecins dans le suivi des malades de longue durée, Pedro Facon souhaite que l’INAMI puisse monitorer le nombre de prescriptions des médecins généralistes et la durée pendant laquelle ils maintiennent les patients en incapacité.

À propos du système de conventionnement, il constate que les pouvoirs publics ont toujours tenté de convaincre les médecins de se conventionner, « mais cela devient de plus en plus difficile ». Il relève qu’une médecine à deux vitesses existe déjà en partie, « dans les cabinets privés, on est souvent pris en charge plus rapidement qu’à l’hôpital. Ce n’est pas le modèle vers lequel je veux aller ». Il estime qu’il appartient aux autorités de rendre l’accord suffisamment attractif, « notre mission est de rendre l’accord attractif, afin que le plus grand nombre possible de prestataires de soins se conventionnent ».

Il ajoute cependant que, selon lui, les prestataires jugent les tarifs insuffisants, « les prestataires estiment que les tarifs sont trop bas pour pouvoir offrir un service de qualité suffisante ». Il nuance aussitôt, « pour certains soins, c’est justifié, mais d’autres tarifs sont au contraire surévalués ».

Pedro Facon se dit favorable à la réforme de la nomenclature, mais avec une condition, « les médecins doivent être à la table des négociations ». Il estime par ailleurs que le récent accord tarifaire contient suffisamment « de quoi manger et boire » pour les médecins.

Surconsommation, abus et efficience des soins

Pedro Facon dit compter sur les prestataires de soins et sur les mutualités pour s’attaquer aux abus et à la surconsommation. Faute de quoi, le budget sera de plus en plus souvent dépassé, « et nous devrons intervenir, comme cela a été le cas pour les consultations téléphoniques. Nous avons dû en arrêter le remboursement, parce qu’il y avait trop d’abus, alors que ce type de consultations peut pourtant faire partie d’une médecine moderne ».

Il cite plusieurs exemples de surconsommation, l’usage des antidépresseurs, des médicaments contre le cholestérol et l’acidité gastrique, trop de scanners, ainsi qu’un nombre trop élevé de prothèses de hanche et de genou. Ces phénomènes sont, selon lui, liés aussi à un système hospitalier qui doit être réformé en profondeur. « Il y a des années déjà, une loi a été adoptée pour amener les hôpitaux à coopérer au sein de régions », rappelle-t-il. « Cela a parfois conduit à une meilleure collaboration et même à des fusions, mais cela n’a pas encore produit la transformation que nous espérions ». Avec le recul, il ajoute, « peut-être aurait-il fallu travailler à l’époque avec une échéance plus contraignante, mais la loi finale était un compromis ».

Réformer le système de soins

Pedro Facon souligne qu’il est dit depuis longtemps qu’il y a trop de maternités et trop de services d’urgence, mais qu’il change peu de choses sur ce terrain. Il en va de même, selon lui, pour la concentration des soins complexes. « Mais que voit-on ? Nous nous retrouvons dans des discussions interminables avec le terrain, qui n’est parfois pas prêt à remettre en question le modèle organisationnel », observe-t-il. Il avertit, « soyons très clairs, si vous ne changez pas, vous disparaîtrez ».

Il renvoie à cet égard à un récent rapport d’un groupe d’experts, qui souligne qu’un tiers des 180 sites hospitaliers belges doit se transformer. Selon lui, si rien ne change, le modèle solidaire de l’assurance maladie est en jeu.

La dernière réforme conduite avec fermeté remonte, selon Pedro Facon, à l’époque de Jean-Luc Dehaene. « Il pilotait très fermement, mais il ne pouvait le faire que parce qu’il disposait d’un sac d’argent », dit-il. Il estime qu’il est aujourd’hui plus difficile de réformer qu’hier, les partis étant plus petits et les compétences davantage fragmentées. Il se dit convaincu que les normes devront être adaptées. « En raison de la répartition des compétences, l’État fédéral et les entités fédérées ne peuvent toutefois prendre une telle décision qu’en concertation. Cela demandera du courage. »

Financement

Le patron de l’INAMI défend la norme de croissance, qu’il présente non comme un instrument destiné à garantir mécaniquement la hausse des dépenses, mais comme un outil de contrôle. Il estime que, comparée à l’étranger, la Belgique n’est pas particulièrement généreuse, le pays se situant juste en dessous de la moyenne de l’OCDE. « À la fin de la législature, cette norme atteindra 2,5 % au-dessus de l’inflation. C’est plus que la croissance économique, mais moins que ce que le Bureau du Plan estime nécessaire pour continuer à financer le système actuel. » Pour les prestataires de soins, ajoute-t-il, la certitude d’un financement suffisant des soins est sous pression.

Il indique enfin que les médicaments de plus en plus innovants pèsent sur les budgets pharmaceutiques, mais que ceux-ci sont encadrés par une limite, la part de ces dépenses ne pouvant dépasser 17,3 % des dépenses autorisées en matière de soins.

Concertation

Pedro Facon insiste sur l’importance du modèle de concertation à l’INAMI, « la concertation fait partie de l’ADN de l’INAMI et nous voulons absolument la préserver ». Il pose cependant une condition, « les partenaires doivent être prêts à ajuster le cap afin de rester dans les limites des budgets disponibles ». Et il résume sa philosophie, « un modèle de concertation n’existe pas uniquement pour répartir de l’argent supplémentaire, mais aussi pour remettre en question ce qui existe ».

À propos de cette concertation, son message aux médecins est direct. « Un énorme travail préparatoire a été réalisé et, cette année, la concertation avec les médecins commence. Je comprends leurs inquiétudes, mais on ne peut pas avoir d’influence sur cette réforme en restant sur la touche ». Il plaide pour « travailler ensemble à notre destin plutôt que de tout laisser à la politique. Il faut oser se rencontrer au milieu du gué ». Et il réitère une mise en garde, si un accord ne se dégage pas, le ministre a déjà indiqué qu’il « assumera sa responsabilité au sein du gouvernement ».

Pedro Facon a reçu de nombreux messages de félicitations de médecins et de personnalités du secteur sur les réseaux sociaux à l’occasion de sa nomination. Reste à voir, désormais, comment ces orientations se traduiront concrètement.

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.