Un médecin agréé mais non accrédité a pris contact avec notre rédaction. Il a eu une drôle de surprise en ce début d’année 2026. « J’ai déjà peu apprécié le fait de ne pas pouvoir bénéficier de l’indexation de 2,72 % cette année. Soit, tant pis… Mais découvrir ensuite ce dont les syndicats ne se sont clairement pas vantés (à savoir une diminution de 3 euros de mes honoraires, code 101032), c’est le bouquet ! Un précédent même, il me semble. »
Fâché, déçu, il rappelle qu’« obtenir l’accréditation n’a guère de sens pour moi, à 66 ans, et pour d’autres (multiples) raisons ».
Que s’est-il vraiment passé ? Comment les syndicats ont-ils pu accepter cela ? Le Dr Lawrence Cuvelier, président du GBO, revient sur ce dossier en toute transparence : « Avant tout, je rappelle les chiffres des médecins généralistes. 67 % sont accrédités. Sur 18.000 généralistes, 12.000 ont une activité significative. 80 % des non accrédités présentent une activité de moins de 500 contacts par an. 1.300 généralistes non accrédités présentent une activité significative, soit 10 %. »
Au-delà des chiffres, il revient sur les coulisses d’une décision qui est passée un peu inaperçue : « Nous étions dans une phase complexe des négociations, le 15 décembre, alors que nous cherchions des moyens pour la phonoconsultation. Autour de la table, l’Inami et Domus Medica ont tenté de trouver de l’argent, en accord avec une décision du Conseil technique médical (CTM) sur la question des médecins non accrédités. Le but du CTM étant de favoriser l’accréditation, légitime pour les médecins en pleine activité. »
À la médico-mut, ceux qui n’ont pas été à cette réunion du CTM n’ont pas compris que les moyens dégagés, 47 millions pour la phonoconsultation, ont été puisés, à hauteur de 8 millions, dans ce « sacrifice » des médecins non accrédités. « Nous n’avons pas promu cette solution pour que cela se passe dans ces conditions. La complexité des négociations provoque des dégâts “collatéraux”. Que faire aujourd’hui concrètement pour ces généralistes non accrédités ? Les médecins, dans cette situation, sont parfois des pensionnés… Ils ont été accrédités dans le passé ; le fait de se réaccréditer est relativement simple pour eux, selon les responsables de l’accréditation que j’ai contactés. Vu le montant en jeu, cela vaut la peine pour les médecins concernés de se réaccréditer… surtout si ces médecins ne songent pas à s’arrêter. »
Une réflexion qui doit évoluer
Il est conscient que ce changement ne plaît pas : « Je suis sensible au fait que ces médecins pensionnés travaillent essentiellement dans un contexte de non-remplacement à cause de la pénurie. Il faut avoir une politique plus globale pour ces médecins qui continuent à travailler au service de la population, suivant les règles de bonnes pratiques. Cela devient un fameux contingent dont tout le monde doit mieux tenir compte. Ce serait très dommageable de perdre leur collaboration. Je reconnais que cette mesure est trop radicale. J’encourage ces généralistes qui ont une activité relativement soutenue, s’ils sont conventionnés, à réenvisager l’accréditation. »
En toile de fond, on comprend que ces médecins sont victimes d’un choix plus global. « Nous voulions absolument défendre le retour de la phonoconsultation pour tous, alors que les mutuelles poussaient préférentiellement la visioconsultation, qui ne concerne pratiquement que les gens relativement favorisés. À présent, nous allons voir comment la phonoconsultation pourra être implémentée en pratique ; cela doit encore être discuté d’ici au 1er juillet. »
Des choix pour les médecins : la double peine
De son côté, le président de l’ABSyM, Patrick Emonts, abonde en ce sens. Le contexte général devient très compliqué : « Le ministre de la Santé axe ses priorités sur l’accréditation et le conventionnement. Pas facile de se battre contre cela, étant donné qu’il n’y a guère de concertation avec lui. Il suffit de voir le projet de loi-cadre, qui impose des cadres de fonctionnement plutôt qu’une construction basée sur une saine négociation et reposant sur une réalité de terrain plus que sur des convictions idéologiques. L’ABSyM est plus le témoin de cette politique qu’un vrai partenaire décisionnel. Difficile de s’en vanter ! »
Par ailleurs, un double effort budgétaire a été imposé aux acteurs des soins de santé pour 2026. « La CNMM a choisi, dans une première vague de rattrapage budgétaire, une réduction linéaire sur les différentes prestations médicales, ainsi que la mise à zéro du code de la téléconsultation en médecine générale. Dans une seconde vague d’économies imposées, des réductions ciblées (radiologie CT scan en médecine générale, par exemple) et des mises à zéro de codes ont été réalisées. Cela explique qu’une “double punition” frappe bon nombre de médecins en termes de revenus 2026. Ce qui est dommage, c’est que les médecins ne voient pas les efforts énormes et le travail colossal que font les chambres syndicales pour tenter de sauver le bateau des soins de santé. Mais nous n’avons qu’un seul niveau d’action possible : la CNMM. Nous avons sauvé, après notre mouvement de grève, le conventionnement partiel et refoulé, pour le moins dans le temps, la limitation des suppléments d’honoraires (à négocier après la réforme de la nomenclature, pas avant fin 2027). Nous avons sauvé, dans l’accord médico-mutualiste 2026-2027, l’indexation (que les organismes assureurs voulaient utiliser pour la téléconsultation), la non-modification des clauses du conventionnement partiel, le maintien des exigences particulières, l’utilisation des économies des prestataires de soins dans le seul secteur des soins de santé, la révision des articles 35§4 et 15§2 pour aider la médecine ambulatoire, l’obligation à court terme de définir les pseudocodes pour les patients BIM, la sauvegarde des primes et du soutien à la pratique en médecine générale… »
Le Dr Emonts conclut, en lançant un appel sans détour : « Nous devons maintenant nous battre contre le projet de loi-cadre, qui a été partiellement recalé au Conseil d’État. Cette loi touche à l’essence même de notre métier : l’autonomie, la responsabilité et la liberté thérapeutique. Elle met en péril la qualité exceptionnelle de nos soins de santé et leur accessibilité, contrairement à ce qui est proclamé en haut lieu. »









Derniers commentaires
Paul DESSART
13 janvier 2026J'ai 69 ans bientôt. J'ai perdu mon accréditation car je n'ai pas fait les démarches à temps pour renouveler celle-ci,
lors d'un assez grave accident en déménageant mon cabinet médical. Négligence, mal m'en a pris.
On va tester pour voir si ce "n'est pas si difficile" de la récupérer. D'autant que je continue à suivre les GLEMS et autres formations. En tout cas il n'est pas question que je me conventionne ...
Philippe NOEL
12 janvier 2026Pour les médecins pensionnés, dont un résidu d’activités procure un complément à la pension, le ré-investissement en temps et en coût d’une accréditation n’apporte pas un avantage significatif . La réduction financière du 101032 vient décourager l’envie de prolonger cette activité . Certains vont donc y mettre fin . Qui sera le vrai perdant ce cette mesure ? Le patient bien sûr . Quant à l’économie dans le budget de l’INAMI, elle reste à prouver ! S’il faut dorénavant protéger certaines prestations de MG en réduisant (supprimant d’autres codes), où allons-nous ? Quelle garantie nous restera-t-il ? Rappelons que deux précédents existent : l’intra-articulaire en MG il y a qqs années, et l'interdiction de la Rp d’examens CT Scan de la colonne lombaire hier . Et demain ???
Dr Ph NOEL, MG retraité et encore actif . Pour combien de temps ?
Claude Leroy
12 janvier 2026100% - 67% = 33% des généralistes sont touchés par ce précédent. A-t-on bien conscience de l'ampleur de ce chiffre ?
Et s'agit-il exclusivement de pensionnés ? Bien sûr que non. Il y a des jeunes, des moins jeunes, des confrères ayant choisi telle ou telle spécialité comme la nutrition - toujours pas reconnue comme telle en Belgique, malgré l'existence de formations universitaires. D'autres, encore, travaillent aussi à l'étranger - parfois majoritairement, et en suivant des processus analogues à notre accréditation à l'intérêt douteux.
1 MG belge sur 3 voit donc ses revenus de consultation baisser d'environ 11,5 % (soit plus de 13% si on prend en compte la non-indexation). Que vont-ils faire face à leurs patients ? Expliquer que leurs honoraires ont baissé parce que... oui, pourquoi, au fait ? Parce qu'ils sont des sous-médecins ? Ou alors, se déconventionner pour pouvoir réclamer les mêmes honoraires qu'auparavant, et tant pis pour les patients qui verront donc leur ticket modérateur grimper de 3 euros ?
Si les 2 autres MG sur 3 ne se sentent pas concernés et haussent les épaules, il faut espérer qu'ils se rappelleront de ce précédent cynique et du manque de solidarité le jour où ils seront visés à leur tour - un risque qui est loin d'être nul.
Et en attendant, si le nombre de généralistes dégoûtés augmente et qu'ils décident de faire défection, il ne faudra pas déplorer la surcharge de travail pour les autres et, pour les patients, les difficultés d'accès aux soins.
Jean-Claude DEVILLE
12 janvier 2026Coup de pied au cul pour me mettre dehors...merci à nos syndicats dont je constate leur grande efficacité.
Pascal FAVERON
12 janvier 2026et je pense que les médecins spécialistes comme moi qui continue à travailler activement et ne prenne pas leur retraite vont se déconventionner pour récupérer leur 3 euros....j'y pense sérieusement pour 2027.
Dr Faveron
psychiatre