Quel arrêt de travail prescrire après une prothèse, une arthrodèse ou une entorse ?

La pénibilité du travail est souvent tout aussi déterminante que le diagnostic lui-même dans la durée d’une incapacité de travail. C’est l’un des constats marquants de cinq nouvelles fiches du Collège national de médecine d’assurance sociale (CNMAS) consacrées à des affections orthopédiques fréquentes.

Ces documents portent sur les cervicalgies, l’épicondylite latérale, les lésions ligamentaires du genou, les prothèses totales de hanche et l’arthrodèse lombaire. Ils proposent aux médecins généralistes des durées de référence pour l’incapacité de travail.

Les fiches s’inscrivent dans le projet consacré à l’incapacité de travail et à la reprise du travail coordonné par le Pr Lode Godderis. Elles montrent qu’un travail adapté permet souvent un retour plus rapide à l’emploi et que la charge physique liée à la profession constitue fréquemment un facteur déterminant.

Cervicalgies : de 3 à 23 jours

Les douleurs cervicales non spécifiques figurent parmi les motifs de consultation les plus fréquents en médecine générale. Selon la fiche, une interruption de travail n’est généralement pas nécessaire. Seule une douleur aiguë invalidante peut justifier une courte incapacité de travail, suivie d’une reprise progressive des activités.

Pour un travail sédentaire sans facteur de risque particulier, une incapacité de travail d’un à deux jours est généralement suffisante. À l’inverse, un travail physiquement lourd peut justifier une interruption de deux à trois semaines. L’ergonomie, la posture et les facteurs psychosociaux jouent également un rôle important.

Épicondylite : de 1 à 11 semaines

L’épicondylite latérale, ou « tennis elbow », résulte le plus souvent de mouvements répétitifs du poignet et de l’avant-bras. Seuls 5 à 10 % des cas sont réellement liés à la pratique du tennis.

La durée de l’incapacité dépend fortement de la possibilité de suspendre temporairement les activités sollicitant le membre atteint. Pour un travail sédentaire sans charge significative sur le membre concerné, la durée de référence est comprise entre une et quatre semaines. Pour des activités impliquant des mouvements répétitifs ou le port de charges, elle peut atteindre dix à onze semaines. La fiche rappelle également que l’épicondylite latérale figure sur la liste belge des maladies professionnelles reconnues.

Lésions ligamentaires du genou : d’une semaine à six mois

Les durées de référence varient fortement selon la gravité de la lésion. Une entorse légère (grade I) nécessite généralement sept à dix jours d’absence. Une rupture partielle (grade II) justifie plutôt deux à trois semaines.

En cas de lésion sévère sans intervention chirurgicale, la durée optimale de l’incapacité de travail est estimée entre 30 et 45 jours. Lorsqu’une reconstruction du ligament croisé antérieur est nécessaire, la durée passe à 90 à 120 jours, avec un maximum de 180 jours. Le type de travail, la nécessité d’une intervention chirurgicale et la possibilité d’un travail adapté influencent fortement la reprise professionnelle.

Prothèse totale de hanche : de deux semaines à quatre mois

Les résultats après une prothèse totale de hanche sont généralement favorables. La plupart des patients retrouvent leur niveau d’activité antérieur et la grande majorité des personnes actives ont repris le travail un an après l’intervention.

La durée de référence varie selon les contraintes physiques du métier. Pour un travail administratif, elle est comprise entre 14 et 45 jours. Un travail physique léger nécessite environ 70 jours de récupération, un travail modérément physique 90 jours et un travail lourd environ 120 jours. Le délai moyen de reprise du travail est d’environ douze semaines.

Arthrodèse lombaire : de trois à six mois

Parmi les cinq fiches orthopédiques, l’arthrodèse lombaire est associée aux durées d’incapacité les plus longues. Cette intervention n’est généralement envisagée qu’après l’échec d’un traitement conservateur.

Selon la fiche, l’incapacité attendue varie de douze à vingt-quatre semaines, en fonction de l’ampleur de l’intervention, de la récupération fonctionnelle et du type de travail. Pour certaines fonctions légères, une reprise progressive peut parfois être envisagée à partir du troisième ou du quatrième mois. Une évaluation fonctionnelle stable n’est toutefois possible que six mois après l’intervention.

Outre les limitations physiques, des facteurs psychosociaux tels que l’anxiété, des symptômes dépressifs, l’insatisfaction professionnelle ou la peur du mouvement peuvent également ralentir la récupération.

La charge de travail comme facteur clé

Les cinq fiches mettent en évidence un même constat : la durée de l’incapacité de travail dépend non seulement de la pathologie, mais aussi de la charge physique liée à l’activité professionnelle. Si une personne souffrant de cervicalgies peut souvent reprendre rapidement son activité, une reconstruction du ligament croisé antérieur, une prothèse de hanche ou une arthrodèse lombaire peuvent nécessiter plusieurs mois de récupération.

Les auteurs soulignent dès lors l’importance du travail adapté, d’une reprise progressive de l’activité et de la concertation entre médecin traitant, médecin du travail et médecin-conseil. Les fiches sont conçues comme une aide à l’évaluation clinique et non comme une norme rigide fixant la durée de l’incapacité de travail.

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