La révélation d’un rapport interne de l’INAMI, rédigé en 2020 et resté secret pendant plusieurs années, relance le débat sur la politique de retour au travail des malades de longue durée. Dans un communiqué diffusé jeudi, l’Association belge des syndicats médicaux (ABSyM) plaide pour « une responsabilité partagée » et rappelle que ce retour au travail « ne peut reposer sur une logique de sanctions ».
Ce rapport, rédigé par trois médecins-inspecteurs de l’INAMI, met en évidence des failles dans l’organisation et le fonctionnement du système actuel de contrôle de l’incapacité de travail. Selon les éléments cités par l’ABSyM, il en ressort qu’environ 59% des malades étaient en réalité aptes à travailler.
Pour le syndicat médical, le débat ne peut toutefois se limiter à la recherche de responsables individuels. L’ABSyM juge « inacceptable que les médecins soient désignés comme boucs émissaires, alors que des failles avérées n’ont pas été corrigées pendant des années ».
L’organisation défend un retour au travail préparé, progressif et médicalement encadré. Elle estime qu’un tel processus est bénéfique pour le patient, pour la société et pour la pérennité de la sécurité sociale, tout en soulignant que les pathologies concernées sont aujourd’hui souvent complexes, chroniques et multifactorielles, en particulier en matière de santé mentale et de troubles psychosociaux.
Dans ce contexte, le médecin traitant doit, selon l’ABSyM, conserver un rôle central durant les premiers mois, avant qu’une collaboration multidisciplinaire ne prenne le relais avec les médecins du travail, les médecins-conseils et les autres acteurs concernés.
Le syndicat met aussi en garde contre toute évolution qui ferait du médecin un instrument de contrôle. « Toute politique qui transformerait le médecin en agent de contrôle ou qui exercerait une pression sur son jugement médical met en danger cette relation », souligne l’ABSyM à propos du lien de confiance avec le patient. « Fragiliser ce lien, c’est risquer des retards de soins, une mauvaise évaluation des capacités réelles et, à terme, un échec du retour au travail durable », ajoute encore l’organisation.
L’ABSyM rappelle enfin que le médecin traitant accompagne le patient « dans une approche thérapeutique et non administrative ». Elle dit soutenir les auditions prévues prochainement en commission des Affaires sociales de la Chambre et affirme qu’elle restera engagée dans la recherche de solutions réalistes et efficaces, tout en refusant que les médecins portent la responsabilité de dysfonctionnements systémiques qu’ils n’ont, selon elle, « ni créés ni maîtrisés ».








