Lors d’un récent webinaire du GBO et du MoDeS, Valérie-Anne Chantrain, kinésithérapeute et docteure en sciences médicales (UCLouvain), a présenté des stratégies pour la Belgique en matière de santé en transition. Dans la séance de Q&R, elle a également livré un message pratique pour la première ligne : il existe déjà des leviers concrets, applicables sans bouleverser toute l’organisation du cabinet.
Le premier levier, c’est la promotion de la santé. « C’est un levier encore plus efficace que la prévention », estime Valérie-Anne Chantrain. En agissant plus tôt sur les déterminants de santé, on réduit le besoin de soins curatifs, donc aussi l’empreinte environnementale du système. Sur le principe, le raisonnement est connu. En pratique, il se heurte à une difficulté : le retour sur investissement existe, mais il dépasse souvent la durée des mandats politiques.
Si le médecin généraliste est tributaire des politiques de santé publique, il peut toutefois agir. La promotion de la santé, sur le terrain, c’est simplement du bon sens : intervenir en amont, éviter certaines escalades thérapeutiques et replacer la prévention dans une logique de santé globale plutôt que dans une simple réparation tardive.
Déprescrire, éviter le gaspillage, repenser le “juste soin”
Le deuxième levier passe par la prescription… et la déprescription. « Beaucoup de pharmaciens travaillent actuellement sur le sujet. Et il y a de plus en plus d’informations et d’études qui montrent comment prescrire autrement en fonction des pathologies. »
Valérie-Anne Chantrain met aussi le doigt sur un gisement de gaspillage largement banalisé : les traitements courts délivrés en boîte complète. Quelques comprimés sont pris, le reste devient un reliquat inutile. L’exemple britannique de la délivrance à l’unité montre qu’une autre logique est possible, plus ajustée à la durée réelle du traitement. « C’est un plaidoyer que nous avons au Cartel », embraye la Dre Pascaline d’Otreppe, vice-présidente du GBO.
Des patients plus demandeurs, des médecins encore peu armés
Le troisième levier touche à la parole clinique. Sur ce point, Valérie-Anne Chantrain voit monter une pression très concrète dans les consultations. « Les patients posent de plus en plus de questions » sur les PFAS, les perturbateurs endocriniens ou la qualité de l’air, dit-elle. À ses yeux, cette demande va encore croître.
Reste le problème de fond : beaucoup de soignants manquent encore de repères. Parmi les ressources déjà disponibles, Pascaline d’Otreppe explique que de nombreuses informations sont disponibles sur le site Dr Coquelicot, créé par la cellule environnement de la SSMG. « Il y a plein de ressources, notamment pour la santé en transition, mais aussi pour aider nos patients à réfléchir. » Valérie-Anne Chantrain confirme : « Leurs modules de formation sont intéressants. C’est d’autant plus pertinent que, dans le futur, on devra de plus en plus se former par rapport à la santé environnementale. »
« Je pense que l’on pourrait avoir des consultations dédiées à la santé environnementale », embraye Valérie-Anne Chantrain. Parler de santé environnementale, oui, mais pas n’importe comment. Elle met en garde contre une approche qui renverrait toute la charge sur l’individu. Selon le patient, son niveau de vie, son quartier, sa marge de manœuvre, le discours doit changer. « On veut responsabiliser le patient, mais la responsabilité de la santé n’est pas uniquement individuelle, elle est aussi sociétale et politique. »
« Le but n’est pas d’être culpabilisant, libre à chacun de se mettre en action ou pas », conclut Valérie-Anne Chantrain.
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