La permanence des soins reste sous tension, en particulier dans les zones rurales. En province de Luxembourg, l’organisation des gardes s’est progressivement adaptée, avec des résultats encourageants. Mais tous les problèmes ne sont pas résolus. Le récent rapport fédéral sur la réforme du paysage hospitalier ne fait que confirmer une réalité déjà bien connue sur le terrain : maintenir partout des services d’urgence complets devient de plus en plus difficile.
« C’est une hypothèse probable : il y a trop de services d’urgence lourds, et ils sont extrêmement complexes à faire fonctionner aujourd’hui, tant sur le plan des normes que des ressources humaines », observe le Dr Alexandre Hebert, directeur général aux affaires médicales de Vivalia. Dans un contexte de pénurie médicale persistante, la question n’est plus seulement celle du nombre de structures, mais de leur articulation avec la première ligne.
Au cœur de la réflexion, l’orientation des patients revêt une importance capitale. « C’est extrêmement difficile de bien orienter le patient. Aujourd’hui, il fait un peu ce qu’il pense être le mieux pour lui. Des patients vont chez le généraliste alors qu’ils devraient aller aux urgences, et inversement. » Pour le médecin, l’absence de tri structuré alimente autant la saturation des urgences que la pression sur la médecine générale.
Pour une gradation plus fine de l’AMU
Plutôt qu’un réflexe systématique vers l’hôpital, le Dr Hebert plaide pour une gradation plus fine de l’aide médicale urgente. Le principe : réserver les services d’urgence spécialisés, capables de mobiliser l’ensemble des lignes de garde, aux situations lourdes et vitales, tout en développant des structures intermédiaires adaptées à une prise en charge locale. « Ce sont des dispositifs plus légers en termes de dimensionnement, mais parfaitement viables. On en a déjà des exemples concrets, notamment dans le bassin liégeois. »
C’est toutefois le troisième niveau de cette gradation qui retient particulièrement son attention : les centres de soins non programmés. « C’est quelque chose de vraiment innovant. En France, cela fonctionne assez bien pour les urgences médicales mineures ou la petite traumatologie. » Pensées comme des structures situées entre la médecine générale et l’urgence hospitalière, elles pourraient, selon lui, répondre à un besoin réel dans des régions où l’hôpital est éloigné et où les urgences sont rapidement saturées.
Ces centres ne sont pas présentés comme une solution miracle, mais comme un maillon manquant dans l’organisation actuelle. « Dans des zones rurales, cela peut être une offre pertinente, complémentaire, qui soulage à la fois les urgences et la première ligne. » À condition, insiste-t-il, d’instaurer un tri centralisé et coordonné entre tous les acteurs.








