Soins infirmiers à domicile : l’UBPS dénonce un lynchage médiatique et des réformes préoccupantes

L’Union belge des prestataires de soins (UBPS) a dénoncé mardi un climat de suspicion visant les infirmières à domicile, estimant que l’exploitation d’un cas isolé de fraude alimente une perception erronée du secteur et prépare l’opinion à accepter des réformes dommageables.

L’UBPS rappelle que les chiffres relayés sur la surfacturation proviennent de contrôles effectués uniquement “lorsqu’un soupçon préalable existe”, ce qui explique leur proportion élevée. L’organisation affirme que ces données “ne reflètent en aucun cas l’ensemble de la profession” et regrette que la fraude, “extrêmement marginale”, serve à généraliser une image négative.

“De nombreux actes réalisés chaque jour ne sont pas rémunérés (gouttes oculaires, rappels médicamenteux, surveillance clinique, retours en soirée…)”, relève l’UBPS, qui évoque aussi des soins “tarifiés à des niveaux indécents”. L’organisation cite notamment “la toilette simple à 7 à 9 €, l’injection à 2,5 à 4 €, ou des actes techniques simples à 5 à 9 €”. Elle rappelle que les forfaits journaliers ne tiennent pas compte du temps consacré aux soins, “qu’un soin dure 15 ou 45 minutes”. Les infirmières réclament depuis longtemps une révision complète des honoraires, “sans jamais être entendues”.

L’Union rejette également le projet pilote annoncé par le ministre de la Santé, qui prévoit à partir de 2026 un paiement horaire de 60 euros bruts en semaine et 80 euros bruts le week-end. “La profession n’a jamais demandé ce modèle, qui n’a pas pour objectif de revaloriser le travail, mais bien de réaliser des économies sur le dos des infirmières indépendantes”, réagit l’UBPS.

“Ce passage au forfait démontre par ailleurs, une fois encore, la volonté du ministre de pousser le système de santé vers une étatisation croissante, en remplaçant progressivement la liberté d’exercice par des modèles uniformisés et contrôlés centralement.”

“Les infirmières qui ne fraudent pas — c’est-à-dire l’immense majorité — cumulent déjà des journées épuisantes pour maintenir un revenu décent dans un système sous-financé”, poursuit l’organisation. Selon elle, pénaliser davantage la profession entraînerait “une hémorragie de soignantes, une dégradation de la qualité des soins (et) un recours massif au recrutement à l’étranger”.

L’UBPS réclame une “revalorisation urgente des soins et des forfaits”, ainsi que l’implication des infirmières “dans toute réflexion sur le financement futur”. Les réformes doivent être “construites avec le terrain, respectueuses des réalités de la profession”, conclut-elle.

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