En pleine session d’auditions sur l’usage des pesticides au Parlement Wallon, la députée socialiste Valérie Dejardin a appelé à renforcer la formation des médecins sur les effets sanitaires de ces substances. Elle s’appuie notamment sur les constats relayés par la Société scientifique de médecine générale (SSMG), qui déplore le manque d’outils à disposition des praticiens pour conseiller leurs patients.
« Selon les médecins, les scientifiques et les spécialistes entendus au Parlement de Wallonie, les plans qui existent actuellement sont trop peu ambitieux pour préserver notre santé, notre environnement et les agriculteurs. La Société scientifique de médecine générale (SSMG) a ainsi mis en évidence les difficultés rencontrées par des médecins lorsqu’ils doivent conseiller ou informer leurs patients concernant les effets néfastes des pesticides, notamment sur le fœtus ou sur le développement de l’être humain. La SSMG a donc demandé que les médecins aient accès à des formations afin de leur permettre de donner les bonnes informations et des conseils judicieux à leurs patients », a-t-elle déclaré.
Des lacunes dans les études médicales
Du côté de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la question interpelle également la ministre-présidente en charge de l’Enseignement supérieur, Élisabeth Degryse. Interrogée sur la place de cette problématique dans les cursus de santé, elle reconnaît des lacunes dans les études médicales :
« Depuis plusieurs années, le SPF Santé publique, Sécurité de la chaîne alimentaire et Environnement a instauré le Plan d'action national belge pour la réduction des pesticides (NAPAN). Les établissements d’enseignement supérieur et de l’enseignement pour adultes ont adapté leurs programmes – en agronomie notamment – pour répondre aux exigences de la directive européenne. En revanche, du côté des études médicales, les produits phytosanitaires ne font pas encore l’objet d’un cours obligatoire. Les étudiants en médecine reçoivent bien des cours de biochimie, de toxicologie ou de santé publique, mais ces matières ne permettent pas d’aborder tous les effets potentiels des pesticides. »
Vers une formation obligatoire ?
Certaines formations optionnelles abordent néanmoins la question sous l’angle de la santé environnementale : contaminants chimiques, effets chroniques, expositions professionnelles. Mais cela reste insuffisant pour Élisabeth Degryse :
« Il n’existe toutefois pas de certificat obligatoire pour les médecins en lien direct avec les polluants environnementaux. Ce sont plutôt des formations continues, des congrès ou des spécialisations qui permettent d’approfondir ces sujets. Par ailleurs, les universités et les hautes écoles sont autonomes dans le choix des contenus qu’elles enseignent. Par exemple, les assistants en médecine générale doivent seulement suivre 200 heures de cours théoriques sur trois ans. L’enseignement médical pourrait encore progresser pour mieux sensibiliser les futurs médecins aux effets sanitaires des pesticides. Heureusement, plusieurs initiatives vont déjà dans ce sens, notamment dans le cadre de la santé durable et des objectifs de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). »
La députée Valérie Dejardin espère que ces constats enverront un signal fort aux institutions universitaires et aux responsables de l’enseignement supérieur dans les prochaines années.








