Le Dr Pierre-Louis Deudon, généraliste et président de la Fédération des Associations de Médecins Généralistes de Bruxelles (FAMGB), interpelle les autorités après plus de 600 jours sans gouvernement bruxellois. Il appelle le nouveau gouvernement et les responsables de la santé à prendre des mesures concrètes pour préserver l’accès aux soins et soutenir la première ligne.
Après 615 jours sans gouvernement, je constate que le secteur de la santé à Bruxelles a été fortement impacté. La région repose sur un tissu associatif pour la santé mentale et pour les soins aux personnes vulnérables – publics précarisés, sans-abri, migrants – qui a extrêmement souffert. Cela a mis en difficulté l'ensemble des soignants.
L’urgence à court terme
À court terme, il y a une urgence. Il faut soutenir les asbl qui existent encore et qui ont fait leurs preuves, comme le projet Lama ou l'accès aux bas seuil. Il convient aussi de donner les moyens humains à l’administration, notamment à Vivalis. Le manque de personnel chronique entraîne une perte d'expertise.
Impulseo
Concernant Impulseo, je pense que pour le programme Impulseo 1, il serait peut-être plus intéressant d’avoir des prêts à 0% pour favoriser l’installation des jeunes confrères en matière d’infrastructure. Il est essentiel de conserver Impulseo 2 et 3. Ces primes offrent un soutien administratif indispensable et permettent aux médecins de se recentrer sur les soins plutôt que sur le secrétariat. Les dépenses engagées montrent qu’elles atteignent leur objectif : les médecins ont recruté du personnel administratif.
Un prêt à taux zéro
La question immobilière est centrale. On parle souvent de l’infirmier de pratique avancée, mais encore faut-il avoir un endroit où l’accueillir. L’immobilier est un frein majeur à l’installation des médecins à Bruxelles. Le plus sûr serait de permettre aux médecins de devenir propriétaires de leur cabinet. Il faut aller vers des prêts à taux zéro ou envisager que les autorités mettent des locaux à disposition. Il est également nécessaire de soutenir les ressources humaines et la gestion des pratiques, car tous les médecins n’ont pas une fibre de gestionnaire.
Éviter un clivage entre les pratiques des généralistes
Je tiens aussi à éviter un clivage entre les pratiques. À Bruxelles, nous avons besoin de tous les modèles : à l’acte, au forfait, multidisciplinaires, monodisciplinaires, les pratiques solo. Ils répondent à des besoins spécifiques. Près de 90% de la population est suivie à l’acte et seulement 10% au forfait. Le forfait a une plus-value, notamment pour les publics vulnérables, mais nous avons besoin des deux. Or, certains soutiens financiers de la COCOF restent difficilement accessibles en dehors des maisons médicales.
Accessibilité aux soins
L’accessibilité aux soins se dégrade. Les difficultés d’accès aux kinés, aux psychologues et aux paramédicaux freinent la prise en charge. Les délais augmentent, ce qui entraîne des coûts plus élevés et une dégradation de la santé des Bruxellois. L’accès aux soins de santé mentale reste insuffisant, avec un impact sur les addictions et d’autres problématiques. La question des lits psychiatriques ne peut être ignorée. Le meilleur patient psychiatrique est celui qui ne doit pas être hospitalisé, ce qui suppose une première ligne forte. Il est urgent de définir une gouvernance claire et des objectifs pour le plan social santé intégré.
La prévention
La prévention doit devenir une priorité. Notre métier évolue et nous sommes devenus des spécialistes de la prévention primaire, secondaire, tertiaire et quaternaire. Ce travail doit être valorisé. Les autorités doivent également agir contre un marketing nuisible à la santé, notamment la publicité pour la malbouffe, alors que nous accompagnons quotidiennement des patients motivés à améliorer leur santé.
Des codes adaptés
Il faut aussi des outils adaptés. Comme pour le tabagisme, des codes de prévention spécifiques doivent être créés afin de rémunérer et mesurer ces activités en médecine générale. Ce modèle pourrait être intégré à l’e-facturation.
La garde et la collaboration avec les urgences
La garde fonctionne globalement bien à Bruxelles, mais des besoins persistent, notamment pour les publics sans accès aux soins depuis la fermeture du centre Athéna. Il faut mettre en place un groupe de travail pérenne pour piloter les soins non programmés au niveau régional, ainsi qu’un comité de pilotage entre la médecine générale et les hôpitaux afin d’améliorer la collaboration avec les services d’urgence.
L’usure des médecins
Je suis également inquiet face à l’usure des médecins. Je redoute des départs en fin de carrière pour raisons de santé ou par lassitude, en lien avec des mesures de contrôle perçues comme punitives. La perte de sens et la dégradation des conditions de travail risquent d’accélérer ces départs. Nous faisons face à des patientèles vieillissantes et complexes, difficiles à reprendre pour les jeunes médecins.
Le départ des médecins
Enfin, la fuite hors de la médecine curative est une réalité. Les travaux d’Anne-Laure Lenoir montrent que 21% des médecins quittent le curatif dans les dix premières années. Beaucoup se tournent vers d’autres pratiques, parfois en dehors de la première ligne. Aujourd’hui, l’offre de soins à Bruxelles tient parce que certains médecins travaillent plus et plus longtemps qu’ils ne le souhaitent, sans oublier le rôle des urgences et des dispensaires. Cela ne pourra pas durer. Les autorités doivent trouver des solutions avec nous, dans le dialogue.









Derniers commentaires
Leyla YILMAZ
24 mars 2026Très bonne analyse ????????
Et l’idée que tous les médecins soit propriétaires de leur cabinet est une très bonne idée, je soutiens le prêt à 0%.