Le Dr Luc Herry, médecin généraliste à Chaudfontaine et président de l’ABSyM Wallonie, alerte sur l’écart croissant entre les engagements de simplification administrative affichés dans l’accord médico-mutualiste 2026-2027 et la réalité vécue par les médecins généralistes. Dans cette tribune, il dénonce une accumulation de décisions administratives et réglementaires qui, selon lui, alourdissent le travail des praticiens, fragilisent l’organisation des soins de première ligne et risquent d’accentuer la perte d’attractivité de la médecine générale.
L’accord médico-mut de 2026-2027 dit clairement dans le point 1.6 :« 1.6. Simplifier l’administration, c’est rendre du temps au soin : moins de paperasse, plus de présence auprès du patient.
Médicaments du chapitre IV : il s’agit d’un projet à long terme visant à réexaminer environ 1.200 §§ et, lorsque cela est possible, à les supprimer ou à les réformer sur la base d’un modèle de réglementation simplifiée.
Efficacité et numérisation : les charges administratives sont réduites autant que possible, en utilisant au maximum les systèmes numériques et les normes existantes ; implication des parties prenantes : les parties concernées (médecins, mutualités, patients) sont consultées afin d’évaluer la faisabilité pratique. »
Et qu’en est-il sur le terrain avec des décisions prises SANS concertation ?
Pour le remboursement des GLP-1, en 2025, le trajet de soins diabétique suffisait pour que le patient soit remboursé du médicament. Maintenant, il faut réaliser une demande via le chapitre IV, et certaines mutuelles demandent des informations qui nous prennent entre 15 et 30 minutes pour être formulées. C’est inacceptable et inutile de réaliser cette demande par le chapitre IV, puisque le patient est diabétique, comme l’atteste le trajet de soins diabétique.
Depuis décembre 2025, le numéro de la carte d’identité a été supprimé dans nos logiciels. De ce fait, les relations thérapeutiques qui étaient réalisées bugguent pour certaines, et il en va de même pour le DMG. Ne parlons pas de la possibilité de se rendre au HUB Réseau Santé Wallon (RSW) : c’est devenu impossible sans relire la carte d’identité. Si un patient nous téléphone pour avoir un résultat qui se trouve sur le RSW, nous ne savons rien faire : le patient doit venir au cabinet avec sa carte d’identité. Donc une consultation en plus pour un résultat ! Merci, M. Robben. Et M. Robben nous dit qu’une fois la lecture refaite, on est reparti pour trois ans ; c’est faux : pour le RSW, c’est plus ou moins un an. Pour la relation thérapeutique, nous n’avons aucune information dans les logiciels.
Donc nous allons courir après les cartes d’identité, perdre beaucoup de temps et avoir une inefficience du travail et du budget. C’est pourtant tout ce que l’on cherche à éviter actuellement.
Mais les problèmes pour la médecine générale s’accumulent. La revue de médication des pharmaciens va s’étendre aux maisons de repos. Ils vont donc nous informer d’une possible modification du traitement du patient. Avec cette information, nous devons reprendre le dossier du patient et examiner la demande, tout cela gratuitement, pro deo, alors que le pharmacien est rémunéré plus de 80 € par an.
Les économies de 62 millions prévues pour 2026 se traduisent aussi par une mise à zéro de certains actes médicaux. Exemple : la saignée est mise à zéro en 2026, donc il n’y a plus de possibilité de demander une rémunération pour un acte qui prend du temps. De nouveau, le travail du médecin généraliste ne doit pas être rémunéré.
N’oublions pas l’interdiction de prescrire un scanner de la colonne qui va nous tomber dessus une fois l’arrêté royal publié. Nous avons défendu que la prescription se réalise selon les bonnes pratiques, avec un outil de prescription efficient (qui est en préparation). Le médecin généraliste est en première ligne, c’est ce que l’on dit. Mais en pratique, si le médecin généraliste ne peut plus prendre en charge les patients, vu les restrictions de nomenclature et de prescriptions, les patients vont aller directement vers les hôpitaux et les services d’urgence, avec une inefficience énorme des soins et du budget.
La politique et l’administration construisent très mal l’avenir des soins en Belgique et détériorent l’attractivité de la médecine générale, ce qui va entraîner une fuite des médecins vers des pays plus attractifs.









Derniers commentaires
Benoit DUFRANNE
15 mars 2026très belle analyse
Benoit Dufranne
Catherine LE CLEMENT DE SAINT-MARCQ
13 mars 2026Je suis entièrement d'accord tout n'est qu'inepties, on dirait qu'ils s'amusent à accumuler les difficultés de plus en plus insupportables pour la médecine générale. Je me demande comment ils se soignent ( les décideurs), ils ne vont jamais chez le médecin? Je voudrais bien avoir un ministre, qui a mal au dos, ! dans ma clientèle pour lui prouver que leurs décisions est une insulte à la médecine générale!
Doc. C. le Clément de SM
Marc PAPADOPOULOS
13 mars 2026Il faut bien se rendre compte qu'actuellement l'informatique ne simplifie en RIEN notre administratif : l'exemple des chap IV est flagrant : quand il y a une erreur, le message reçu est incompréhensible, on ne sait pas à qui s'adresser (informaticien du logiciel métier ou mutuelle) pour solutionner le problème; de plus les prolongations posent problème: le refus porte sur le fait que la date de début de prolongation diffère du jour de fin de la précédente + 1 jour, alors que ce n'est pas le cas...
En ce qui concerne les conatcs automatiques de connexion aux serveurs e health, c'est catastrophique. quelles lenteurs!!
De plus en plus souvent, on ne reçoit pas de protocoles des spécialistes, ceux-ci étant publiés sur le RSW. La connexion au RSW via mon logiciel métier est catastrophique de lenteur...
Donc l'informatique en l'état actuel n'aide pas vraiment à la réduction de la charge administrative
Alain Pierson
13 mars 2026Monsieur ROBEN a toujours été nul.
Pierre Nys
13 mars 2026Depuis que le ministre Vandenbroeck et à la manœuvre, il y a eu de cesse de démantibuler, de détricoter et aggraver la situation des soins , de la Medecine, et de la médecine générale, en particulier pour beaucoup au profit des pharmaciens
Il ne donne ni offre une perspective l’avenir à la médecine générale.
Je pense sincèrement que c’est un acte volontaire et délibéré de sa part .. malheureusement qui ne faut s’attendre à rien de positif venant de notre autorité de tutelle
Cela fait 30 ans que je suis Medecin, je n’ai jamais vu pareille attaque
Yves METENS
12 mars 2026quand on atteint un tel degré d'inepties administratives ..
ces gens devraient démissionner