"On n’attaque pas les mutualités par hasard" (Jean- Pascal Labille)

On n’attaque pas les mutualités par hasard. On les attaque parce qu’elles sont un obstacle à un projet : transformer la santé en marché. Un obstacle à un rêve : faire disparaître un modèle non marchand, de proximité, solidaire, pour le remplacer par une machine froide d’un côté, et un business juteux de l’autre.

Une mutualité, c’est un bouclier : elle protège la santé des gens. Quand on affaiblit ce bouclier, on met toute la société en danger, au profit d’acteurs privés qui veulent faire du business sur la maladie. Car l’argent des soins de santé, c’est un coffre communautaire : rempli par chacun.e, année après année, pour que chacun.e soit protégé face aux risques. Les mutualités en sont les gardiennes. Et autour, certains actionnaires tournent comme des vautours, prêts à forcer le cadenas pour se servir en premier.

Alors oui : tous les moyens sont bons pour discréditer les gardiens du trésor. Une attaque médiatique ici, une polémique sur les “bénéfices” là, une proposition de réforme présentée comme du “bon sens” ailleurs. Mais il faut voir ce que ces attaques cachent : un choix de société.

Le rêve de ceux qui veulent voir les mutualités disparaître, c’est le scénario suivant. D’abord, on retire aux mutualités la gestion de l’assurance obligatoire. On la transfère à une administration d’État… sous-financée, coincée dans l’austérité, gérée à distance, incapable d’assurer l’accompagnement social et la proximité humaine que les mutualités offrent aujourd’hui. On remplace un réseau de terrain par une plateforme et des guichets humains par un formulaire digital. Moins d’aide, moins d’écoute, moins de présence. Et surtout : moins de protection.

Ensuite, on laisse l’assurance obligatoire s’éroder lentement : remboursements qui diminuent, suppléments qui explosent, hôpitaux publics usés et saturés. On crée de l’angoisse. On fabrique une insécurité organisée. Et quand les gens sont stressés, quand ils se demandent s’ils seront encore couverts demain, on leur dit : “Ne vous inquiétez pas : il y a une solution.” Cette solution, c’est le marché. Les assurances privées arrivent alors comme des “sauveurs”, en vendant des couvertures complémentaires… mais uniquement à ceux qui peuvent payer et en écartant les personnes jugées trop risquées, trop malades. Voilà la vraie logique : affaiblir la protection collective pour pousser les gens à s’assurer individuellement au profit d’actionnaires en quête de nouveaux dividendes.

La droite ne propose pas de réformes. Mais une transition. Une transition vers un système à l’américaine : un socle minimal pour tous, sous pression budgétaire permanente, et un marché de la peur pour le reste.

Et dans ce monde-là, ce ne sont pas seulement les assurances privées qui se frottent les mains. Ce sont aussi les acteurs privés qui ouvrent des services de santé comme on ouvre des franchises : soins à domicile, maisons de repos, centres médicaux,… tout ce qui peut devenir rentable est récupéré. Les besoins non rentables disparaissent. Le soin devient une ligne de profit. La fragilité devient un marché. Les services sont sous pression budgétaire constante pour dégager le plus de marge possible. On le voit déjà aujourd’hui dans certaines maisons de repos du réseau privé où les personnes âgées sont maltraitées.

Et au bout du processus, la société se divise : ceux qui ont les moyens achètent de la qualité, les autres attendent, renoncent, encaissent. Et le bien être de tout le monde se dégrade.

Aujourd’hui, en Belgique, nous avons un modèle où l’assurance obligatoire est gérée par des organismes non marchands, sans actionnaires, et donc sans obligation de profit. Un modèle où l’on ne trie pas les gens selon leur santé : mêmes droits, mêmes protections, pour tous. Un modèle où les frais de gestion sont maîtrisés, où le service est global : remboursements, indemnités, accompagnement, prévention, réseau associatif et sanitaire. Un modèle de proximité : agences, services sociaux, aides à domicile, structures de soins, accueil humain. Et un modèle où les mutualités jouent un rôle fondamental : un contre-pouvoir qui défend la sécurité sociale et empêche la santé de devenir un marché.

Alors bien sûr, ce modèle, j’aimerais l’améliorer. J’aimerais qu’il ne soit pas en sous -financement constant. Mais pour ça, il faut se battre pour le défendre.

Et pendant qu’on détourne le débat sur de fausses polémiques, le vrai danger avance. Ce gouvernement organise une austérité létale : économies dans la santé, sous-financement du personnel infirmier et des structures de santé mentale, dé-financement de la petite enfance,… Tout en continuant à protéger le capital des épaules les plus larges qui ne participe pas à l’effort collectif. C’est ça qui met la population en danger. Et c’est précisément pour ça que les mutualités doivent rester fortes : face à l’avidité de certains, la protection collective doit tenir.

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Derniers commentaires

  • Francois Planchon

    10 janvier 2026

    Voir ci-dessous la liste de ses mandats : je présume qu'il faut en plus payer des "assistants" ou chefs de cabinet, pour assumer les tâches pour lequel il est payé... quand il n'est pas présent pour assumer ses nombreux mandats... C'est assez surréaliste : quand dort-il ?

  • Christian DELCOUR

    09 janvier 2026

    Viva Maduro

  • Thierry Devigth

    09 janvier 2026

    Quand vous êtes un apparatchik du système PS vous écrivez:
    "La droite ne propose pas de réformes. Mais une transition. Une transition vers un système à l’américaine : un socle minimal pour tous, sous pression budgétaire permanente, et un marché de la peur pour le reste.

    Et dans ce monde-là, ce ne sont pas seulement les assurances privées qui se frottent les mains. Ce sont aussi les acteurs privés qui ouvrent des services de santé comme on ouvre des franchises : soins à domicile, maisons de repos, centres médicaux,… tout ce qui peut devenir rentable est récupéré. Les besoins non rentables disparaissent. Le soin devient une ligne de profit. La fragilité devient un marché. Les services sont sous pression budgétaire constante pour dégager le plus de marge possible. On le voit déjà aujourd’hui dans certaines maisons de repos du réseau privé où les personnes âgées sont maltraitées."

    On n'attaque pas les médecins par hasard. Et on peut répondre:

    La gauche ne propose pas de réformes. Mais une transition. Une transition vers un système à l’anglaise et à la Trotsky : un socle minimal pour la population, sous pression budgétaire et spoliation fiscale permanentes, et un marché de luxe et privilèges pour les politiques , les parvenus et leurs affidés.

    Et dans ce monde-là, ce ne sont pas seulement les assurances privées qui se frottent les mains. Ce sont aussi les mutuelles qui ouvrent des services de santé comme on ouvre des franchises : soins à domicile, maisons de repos, centres médicaux, chaînes de pharmacie, hôtels de luxe pour leurs vacances, parc immobilier immense,… tout ce qui peut devenir rentable est récupéré. Les besoins non rentables sont imposés aux prestataires de soins. Le soin devient une ligne de profit. La fragilité devient un marché, entretenue par l'assistanat socialiste. Les services sont sous pression budgétaire constante pour creuser le plus de déficit possible et justifier de nouvelles taxes et contraintes pour les médecins. On le voit déjà aujourd’hui dans certaines maisons de repos du réseau public et des CPAS où les personnes âgées sont maltraitées.
    Je m'arrête ici.

  • Adrien Maseri

    09 janvier 2026

    Monsieur Jean-Pascal Labille :
    - Membre du conseil général de l'AVIQ,
    - Administrateur - Vice-président du CHU Liège,
    - Membre du Conseil général des soins de santé de l'I.N.A.M.I.,
    - Administrateur de la Mutualité Solidaris Wallonie,
    - Administrateur de CHU - Immo,
    - Administrateur de Solidaris Energie Travaux Marchés Publics,
    - Administrateur de PSH SCRL,
    - Administrateur de PROCCOP SCRL,
    - Administrateur de MNEMA ASBL,
    - Administrateur - Président de Ceci n'est pas une crise - Fondation d'utilité publique,
    - Administrateur - Président de la Fédération des Centres de Service à Domicile,
    - Administrateur de Cité Miroir,
    - Administrateur - Président de la Société Mutualiste Régionale des Mutualités Socialistes - Solidaris pour la Région Wallonne,
    - Administrateur - Président de Autonomis Réseau Solidaris ASBL,
    - Administrateur de I.M. ASBL,
    - Administrateur Parti Socialiste - Fédération de Liège,
    - Administrateur - Secrétaire Réseau Solidaris Wallonie,
    - Administrateur, MASANA,
    - Administrateur Elipse, Réseau Hospitalier Universitaire,
    - Secrétaire général de l'Union Nationale des Mutualités Socialistes,
    - Administrateur de l'Union Nationale des Mutualités Socialistes,
    - Administrateur - Président de l'Action Francophone pour la Santé et la Solidarité ASBL
    - Administrateur - Président de Fête des Solidarités ASBL,
    - et Administrateur de La Maison des Solidarités ASBL.

    Belle page Cumuleo en tout cas, probablement un homme avec des journées de 72 heures: https://www.cumuleo.be/mandataire/4692-jean-pascal-labille.php .

    On pourrait ajouter membre d'un parti politique votant contre le mesures de transparence...

  • Pierre KLELS

    09 janvier 2026

    Vandenbroek et sa caisse à millions cramée au fond du jardin, JP Labille qui accepte puis refuse un poste de ministre après avoir fait SES COMPTES et comprendre que l'extrême confort d'un patron de mutu, c'était quand même bien mieux qu' un salaire de ministre ; revenus mensuels de Labille (qui ne fait pas le moine), 30.000 peut-être plus chaque mois .Et d'autres avantages .

  • Denis Willame

    08 janvier 2026

    En multipliant les conflits d’intérêts manifestes, en allant bien au-delà de leur rôle d’intermédiaire et en développant des activités privées, les mutuelles se sont mises seules dans la situation de se faire critiquer et remettre en question.

    Que Monsieur Labille, un de ses homologues ou son « camarade » ministre nous démontre une fois pour toute la supériorité du système mutuelliste en terme de gestion, d’efficacité, d’efficience et de qualité! Ce serait sans doute plus efficace que de crier au loup!

  • Christophe Gelmini

    08 janvier 2026

    Belle tentative de discréditer des acteurs de terrain qui en ont marre de voir des mutuelles décider de la manière dont les soins de santé doivent être menés et considérés. Vous dites que les mutuelles sont les gardiennes d'un financement équitable. Cependant ce n'est pas leur rôle d'organiser des journées pour leurs adhérents. Pourquoi les remboursements diffèrent ils d'une mutuelle à l'autre ? Au Luxembourg, c'est l'administration étatique qui se charge de rembourser les patients après la preuve de leur paiement et cela fonctionne nettement mieux, sans perte de budget publique pour financer des mutuelles politisées. L'argent publique doit rester publique !

  • Francine KERSTEN

    08 janvier 2026

    C'est bien de parler du social lorsque l'on s'en met plein les poches, M. LABILLE qui, en plus de son plantureux salaire empoche des jetons de présence dans combien (?) de sociétés ?

  • Adel Aminian

    08 janvier 2026

    Ça suffit le gaspillage d’argent public. Les mutuelles en sont un exemple sidérant… qu’on redistribue leur financement même pas pour les médecins mais vers le remboursement étendu de technologie/medicaments innovants actuellement sous-utilisés par défaut de budget pour nos patients…

  • Pascale JENAER

    08 janvier 2026

    Ras le bol de tous ces mensonges ,cette corruption,ces traffics,ces menaces constantes qui nous démotivent et nous angoissent!
    Quel beau début d'année:3 eur de moins à chaque consultation,la seule chose qui a diminué en 2026,pour le médecins non accrédités.Donc,si on veut travailler à mi-temps,ou différemment,càd qu'on ne peut atteindre la quota minimum de contacts-patients annuel,le patient est pénalisé..Et ce avec l'appui des mutuelles!
    Mais eux pendant ce temps-là engrangent des milliards..
    Peut on encore inverser cette décrépitude de notre ancienne belle médecine belge??


  • Freddy GORET

    08 janvier 2026

    Si je souviens c est Monsieur le ministre vandenbroeck un ministre SOCIALISTE son collègue qui est en train de fermer des hôpitaux de proximité des maternités et des services d urgence ….
    En France il n y a pas d intermédiaires coûteux et inutiles entre le ministère de la sécurité sociale et les médecins et ça évite des profiteurs intermédiaires qui touchent plus d un milliard de frais administratifs pour des tâches réalisables à moindre coût par l informatique et par l IA
    De qui se moque t on ?
    En plus il se vante de faire des tas de contrats privés très limités dans leur couverture et très rentables en limitant évidemment leur coût en pressurisant les médecins et en limitant notre juste rémunération à leur profit.
    Tout ça pour acheter des hôpitaux à bas prix et créer des groupes de pharmacie des centres de lunettes et d appareils auditifs pour détruire les petits indépendants libéraux qui gênent leur business juteux
    Comme mec culotté on fait difficilement mieux

  • Yves Lefebvre

    08 janvier 2026

    Heureusement pour lui,le ridicule ne tue pas !
    Quel toupet de donner des leçons quand on a un tel salaire pour une structure qui ne doit pas rendre un bilan chaque année comme n'importe quelle entreprise.
    Seule solution équitable,est de séparer l'assurance obligatoire de toutes les autres activités des mutuelles qui devraient être considérées comme des sociétés privées !

  • Olivier DELAERE

    08 janvier 2026

    Bla bla bla... Rappelez moi votre salaire mensuel ? Il n'y a pas que les USA, Il y a d'autres pays qui fonctionnent parfaitement bien sans cet intermédiaire inutile que sont les mutuelles, tout en gardant des soins de santé performants pour tous : Canada, pays nordiques. Si vos motivations étaient vraiment désintéressées financièrement et politiquement, Tivoli serait fusionné avec Jolimont depuis longtemps.

  • Jean-Luc Jorion

    08 janvier 2026

    C est combien encore le salaire de mr Labille?

  • Françoise PIRONT

    08 janvier 2026

    Quel type bien ce Jean- Pascal Labille! Reconnaissant, en tout cas!
    Pas lui qui mordrait la main qui le nourrit!
    Les dents longues , peut-être mais pour 720.000 euros par an sortirait pas les crocs contre son maître.

  • Henri Toussaint

    08 janvier 2026

    Le culot de cet homme est sidérant...
    Pour le citer : "Une attaque médiatique ici, une polémique sur les bénéfices là, une proposition de réforme présentée comme du bon sens ailleurs."
    Maintenant récitez cette phrase dans la peau d'un médecin, et vous reconnaitrez précisément les attaques que les mutuelles se sont donné une joie (Solidaris en tête) de proférer contre les médecins à coup de communiqués de presse et de capsules vidéos démagogiques sur les réseaux sociaux !
    Et maintenant, il se montre outré de subir le même sort ! Mais de qui se moque-t-on ???
    En plus de la part de la mutuelle proposant la plus grosse offre complémentaire "privatisante"...

  • Alain Pierson

    08 janvier 2026

    C'est quand même des pourris.
    Les mutualités ont également des obligations, entres-autres d'avoir un fond de réserve et leur statut est totalement légal et transparent.
    On ne peut pas dire la même chose des caisses noires des partis politiques.