Pour une complémentarité entre médecine libérale et hospitalière (Dr F.Goossens)

Préoccupés par la diffusion d’informations erronées et par la stigmatisation croissante des suppléments d’honoraires, l’Union belge des prestataires de soins (UBPS), par la voix du Dr Fabrice Goossens, signe une tribune appelant à dépasser l’opposition entre médecine libérale et hospitalière, et à engager une réforme fondée sur la réalité du terrain.

Nous sommes préoccupés par les discours opposant médecine libérale et hospitalière, ou médecine conventionnée et non conventionnée. Cette division est une erreur : ces deux piliers sont indispensables et doivent fonctionner en complémentarité pour garantir l’accessibilité et la qualité des soins.

Contrairement à certaines idées reçues, la médecine libérale ne vise pas à éviter l’hôpital ou à accélérer les délais. Elle répond à des réalités organisationnelles : certaines prestations ne peuvent être réalisées en milieu hospitalier pour des raisons de logistique, de codification ou de temps.

Les dépassements d’honoraires existent aussi à l’hôpital. En libéral, lorsqu’ils sont pratiqués, ils financent le fonctionnement du cabinet (matériel, locaux, gestion) et non un enrichissement personnel. Les fraudes ou irrégularités les plus importantes sont souvent constatées dans certaines structures hospitalières et chez certains praticiens conventionnés, mais elles ne sont presque jamais mentionnées par les politiques ou dans la presse. L’INAMI devrait cibler ces dérives là où elles se produisent réellement, plutôt que de stigmatiser prioritairement les indépendants.

Nous ne défendons pas les abus, mais appelons à une régulation équilibrée qui permette à chaque acteur, libéral ou hospitalier, de travailler de manière viable. Aujourd’hui, de nombreux professionnels indépendants aux tarifs conventionnés travaillent à perte pour une grande partie de leurs actes, dans tous les secteurs médicaux et paramédicaux.

Le public ignore souvent cette réalité :

  • Une sage-femme qui reste une heure chez une maman après la maternité perçoit 24 €, sans frais de déplacement.

  • Un kinésithérapeute libéral reçoit 1 € pour un déplacement à domicile, alors qu’à l’hôpital il peut suivre plusieurs patients en même temps pour le même tarif.

  • En pédiatrie, les nouveau-nés sortent de plus en plus tôt de la maternité, et les pédiatres libéraux doivent les voir au 5ᵉ jour. Cette consultation dure souvent plus de 30 minutes, mais est facturée au même tarif que toute autre consultation, car un seul code existe.

  • Des infirmières perçoivent quelques centimes pour une toilette à domicile ou une injection postopératoire.

On renvoie de plus en plus vite les patients hors de l’hôpital vers le secteur libéral, sans reconnaître que ce transfert repose sur des honoraires insuffisants. Trop souvent, c’est le soignant qui finance les soins.

Nous appelons à une réforme profonde et à une information claire du public, pour que les décisions politiques reposent enfin sur la réalité du terrain.

Vous souhaitez commenter cet article ?

L'accès à la totalité des fonctionnalités est réservé aux professionnels de la santé.

Si vous êtes un professionnel de la santé vous devez vous connecter ou vous inscrire gratuitement sur notre site pour accéder à la totalité de notre contenu.
Si vous êtes journaliste ou si vous souhaitez nous informer écrivez-nous à redaction@rmnet.be.

Derniers commentaires

  • Marc BEAUDUIN

    15 aout 2025

    cet article illustre , si besoin en est , de revoir la nomenclature et de ne pas se focaliser sur des "mesurettes"! le ministre de la santé certes a une compétence en cette matiere que sont les soins médicaux dont les hospitaliers et paramédicaux .....mais il semble se focaliser en se référant au passé et non à l'évolution des soins médicaux et paramédicau, qui requiert une rvision de la nomenclature !
    Marc Beauduin MD,PhD