L'exposition "je suis là", que l'Université libre de Bruxelles a présentée jeudi à la presse, se tient du 3 avril au 31 mai à l'Espace Vanderborght, au centre de Bruxelles. Le parcours est consacré à la relation à l'image de soi, de l'autoportrait aux pratiques numériques contemporaines comme le selfie, et invite le public à s'interroger sur ce qui distingue ces deux formes d'autoreprésentation ainsi que sur leurs usages sociaux, artistiques et politiques.
À la croisée des arts et des recherches scientifiques, l'exposition mêle des œuvres du 19e siècle à nos jours, des créations contemporaines, ainsi que des objets et dispositifs interactifs. Elle aborde notamment la mise en scène de soi, la fabrique du décor, les dimensions militantes de l'autoreprésentation, mais aussi ses dérives et sa commercialisation. Le parcours a été pensé en deux volets, l'un consacré au geste artistique, l'autre au geste social.
L'ULB a aussi voulu inscrire "je suis là" dans une démarche engagée, ludique et éducative. Des miroirs, un photomaton et une bibliothèque destinée aux adultes comme aux enfants ont été intégrés au dispositif, avec en toile de fond une réflexion sur le droit à l'image et l'éducation aux médias. L'exposition valorise en outre des œuvres issues de collections belges, dont la collection communale de Schaerbeek, celles du Pôle muséal de Mons et du Musée de la photographie de Charleroi. Des artistes émergents de la Région bruxelloise, sélectionnés à la suite d'un appel à candidatures, y sont également mis à l'honneur.
L'un des fils rouges de l'exposition consiste à montrer que l'autoportrait ne se réduit pas à une simple image de soi. Pour Anne-Sophie Radermecker, commissaire scientifique de l'exposition et chargée de cours à l'ULB, il relève toujours d'une mise en scène: il répond à une intention et s'inscrit dans un contexte. Le parcours s'intéresse ainsi aux raisons qui poussent à se représenter, aux supports mobilisés au fil du temps - dessin, papier, tissu, photographie, vidéo - et à la manière dont les innovations techniques ont transformé cette pratique, du miroir à l'appareil photo, puis aux outils numériques contemporains.
L'exposition suit d'ailleurs un fil historique qui remonte aux premiers autoportraits peints avant de rejoindre les expérimentations photographiques, vidéographiques et numériques. Elle montre comment ce geste a pu servir, selon les époques, de carte de visite, de laboratoire identitaire ou encore de manifeste politique. Mis en regard avec les pratiques ordinaires du selfie, ce parcours interroge les frontières entre affirmation de soi, vanité, quête de visibilité et mise en scène normalisée du moi. Il aborde aussi la manière dont chacun peut aujourd'hui produire, diffuser, modifier et capitaliser sur sa propre image.
Un autre angle développé concerne la place des artistes femmes dans l'histoire de l'autoportrait. Longtemps, leurs autoportraits ont été lus à travers le prisme de la vanité, dans une histoire de l'art largement façonnée par le regard masculin. Cette pratique leur a pourtant permis d'affirmer leur présence, leur légitimité et leur statut d'artistes, alors même que leur accès à la formation et à certains genres prestigieux demeurait limité. L'autoportrait est ainsi devenu, pour nombre d'entre elles, un outil d'émancipation progressive puis un espace de revendication plus directe, notamment à partir de la seconde moitié du 20e siècle.
Conçu en collaboration avec la Ville de Bruxelles, le projet se tient à l'Espace Vanderborght, rue de l'Ecuyer 50, dans le centre de Bruxelles.








