La médecine générale était faite pour moi (Dr Julie Spoden)

Responsable de la cellule vaccination à la Société scientifique de Médecine générale (SSMG), le Dr Julie Spoden a fait de la vaccination son cheval de bataille. Car les généralistes ont une place essentielle à occuper dans ce cadre, mais aussi parce qu’ils sont les seuls à avoir une vision complète de l’état de santé de leurs patients.

Or les chiffres de la dernière enquête de santé en Belgique de 2018 montrent que seulement 46% des personnes à risque et 65% des professionnels de santé avaient été vaccinés, bien en deçà des 75% recommandés par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pour les groupes cibles. Ces chiffres suscitent immanquablement des réactions de la part de cette femme passionnée qui accueille avec enthousiasme que le prix Nobel de Médecine ait été remis aux pionniers de l’ARN messager.

Née à Bruxelles en 1989 de parents originaires des cantons de l’Est, ce qui explique qu’elle parle également allemand, le Dr Julie Spoden a passé toute sa jeunesse à Bruxelles, où elle a également effectué ses études primaires (au Sacré-Cœur de Linthout à Woluwe-Saint-Lambert) et secondaires (en latin-math à l’Institut Saint-Boniface à Ixelles) avant de se destiner à la médecine. C’est ainsi qu’elle a débuté ses études à l’université de Namur avant de les terminer à l’UCL. Faite pour la médecine générale et appréciant avant tout le travail en équipe, elle a adoré les études de médecine dès la première année. Mais cela ne lui suffisait pas, et elle s’est impliquée dans de nombreux projets, dont le moindre n’est probablement pas la sensibilisation aux enjeux d’éducation à la citoyenneté pour des jeunes âgés de 15 à 18 ans par le biais de l’ONG «Défi Belgique Afrique».

Généraliste avant tout
«Mon premier stage en médecine générale, chez le Dr Paul Kelchtermans à Anderlecht, m’a confortée dans mon souhait de faire la médecine générale, et de ne pas exercer en solo.»

Elle a également effectué des stages en médecine générale au Centre de Santé du Miroir, dans les Marolles, puis chez le Dr Stéphane Baeyens à Schaerbeek avant de débuter son assistanat en 2014, à la Maison Médicale Jean Jaurès, chez les Dr Catherine Scott, Anna Schmutz, Emilie Desbonnez et Nathanaëlle Caprace, dont elle a été la première assistante. «Avec beaucoup de lucidité, elles ont insisté pour que j’effectue ma deuxième année dans une autre pratique, ce qui m’a conduite à postuler dans une maison médicale au forfait.»

Son diplôme obtenu, elle s’installe en médecine générale dans une maison médicale au forfait pour presque 10 ans, avant de bifurquer cette année vers une pratique en équipe à l’acte dans un cabinet qu’elle vient de lancer à Louvain-la-Neuve pour accueillir la patientèle des Dr Verdin et Mairesse. «La maison où se situera le cabinet aura la particularité de disposer d’un accès PMR, y compris pour les toilettes, car la médecine générale doit être accessible à tous, à tous les niveaux!», souligne-t-elle.

Enfin, souhaitant boucler la boucle, elle est à présent maître de stage avec l’envie majeure de pouvoir transmettre.

La vaccination comme cheval de bataille
Interpellée par la réaction d’une patiente qui lui disait qu’elle allait tuer son enfant avec les vaccins, elle rédige un travail de fin d’études intitulé «La vaccination infantile remise en question, dans une pratique de médecine générale en Fédération Wallonie-Bruxelles», qui lui vaudra d’être primée par les lecteurs du Journal du Médecin en 2017. Elle développe ainsi ses connaissances en vaccinologie, notamment en assistant au Symposium Vaccination Saint-Valentin, organisé pour la partie francophone par le Groupe Interuniversitaire d’Expert en Vaccinologie (GIEV) ULB-UCLouvain-ULiège. C’est par ailleurs grâce à la diffusion de ses connaissances qu’elle est remarquée et «embauchée» à la SSMG par le Dr Thierry Vanderschueren pour relancer la cellule vaccination.

C’est dans ce cadre qu’elle a commencé à représenter la SSMG au Conseil Supérieur de la Santé dans la cellule vaccination, où elle apporte aussi son expérience en tant que médecin vaccinateur à l’Office de la Naissance et de l’Enfance (ONE), expérience qui passe surtout par «la bonne information pour permettre aux patients de prendre une décision éclairée». Elle organise aussi, sous l’égide de la SSMG, une journée de formation à la vaccination pour les assistants en médecine générale, journée qui reprend les bonnes pratiques de base et les «bonnes» questions à poser aux patients, et réalise régulièrement avec la SSMG des webinaires sur la vaccination (tout récemment sur les «fausses croyances») et sur ce que l’on peut effectuer dans la pratique pour mieux vacciner et mieux couvrir les patients.

L’information du patient est la clé
Le rôle du médecin généraliste dans la vaccination est majeur, «et il n’a pas toujours le temps de s’y consacrer», regrette-t-elle. Qu’il s’agisse d’un enfant, d’un adolescent, d’une femme enceinte («tous les gynécologues n’évoquent pas encore la vaccination coqueluche avec leur patiente. Cette vaccination est pourtant essentielle à chaque grossesse») ou d’une personne âgée, ou avant un voyage, quel que soit le motif de la consultation, elle met alors un point d’honneur à s’enquérir des vaccinations déjà encourues et à informer sur les rappels et sur ce que l’on peut attendre des vaccins à venir et de leur tempo. L’encodage systématisé et partagé des vaccinations est malheureusement encore trop anecdotique dans notre pays, ce qui rend parfois difficile un état des lieux des vaccins et provoque parfois une survaccination (contre le tétanos par exemple). «Quand on sait que l’OMS statue sur le fait que la vaccination sauve 2-3 millions de vies chaque année, nous ne pouvons, en tant que généralistes, mettre cette tâche en sourdine», poursuit-elle. Cela dit, E-Vax 2.0 est quasi opérationnel et devrait enfin être connecté avec le Réseau Santé, ce qui facilitera grandement le travail.

L’importance de la vaccination a été comprise par le Conseil supérieur de la Santé, qui ne propose plus le vaccin par tranche d’âge, mais tout au long de la vie, dans la continuité. «Il faut donc profiter de chaque occasion pour parler vaccin, et ouvrir des portes, sans pour autant surinformer car le patient risque de se perdre dans l’information. Personnellement, je profite de chaque consultation, pour peu que mon patient ne soit pas en trop mauvais état (fièvre importante, douleur…), pour faire avec lui un topo de ses vaccinations. Enfin, il ne faut pas oublier que nous avons aussi à notre disposition des vaccins gratuits à l’usage de nos patients de 0-18 ans, via l’ONE en la Fédération Wallonie-Bruxelles.»

La vaccination doit rester l’apanage du médecin?
«Comme je suis débordée, je suis bienheureuse que cet acte puisse aussi être réalisé par les infirmiers ou les pharmaciens. Mais cela devrait rester un acte délégué dans lequel les pharmaciens aurait plus un rôle d’exécutant. La vaccination est un moment important dans la consultation en médecine générale, qui nous permet d’aborder aussi d’autres questions. Je pense que c’est au médecin généraliste d’induire la vaccination et, éventuellement, de déléguer l’acte. Il y a certes du bon à cette proposition du ministre, mais le cadre actuel n’est pas encore suffisamment balisé», dit-elle en rappelant aussi la position de la SSMG, qui demande que plutôt que de se limiter à l’autorisation donnée aux pharmaciens, le ministre prenne des mesures concrètes pour atteindre l’objectif de couverture vaccinale. C’est ainsi que la SSMG recommande notamment:

  • la suppression du ticket modérateur pour les groupes à risque afin de rendre le vaccin gratuit et plus accessible;
  • la disponibilité d’un stock de vaccins dans les cabinets de médecine générale, permettant de vacciner les patients venus pour d’autres raisons;
  • une campagne de communication efficace de la part des autorités pour informer le public et renforcer la confiance envers les médecins, considérés comme une source fiable d’information en matière de santé en Belgique;
  • l’extension des mesures de soutien pour d’autres vaccins coûteux mais essentiels, comme le vaccin antipneumococcique.

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