Revenus des généralistes : voir ce qu’il y a derrière les chiffres (Dr Luc Herry)

L’étude qu’a publiée la Commission fédérale de Planification sur la charge de travail et les revenus des médecins fournit des chiffres qui donnent à réfléchir. Il faut maintenant les confronter avec la réalité de terrain et les mettre en rapport avec les exigences du métier.

On pourrait s’étonner de la différence entre le revenu net et les rentrées brutes des médecins généralistes. Faisons un rapide calcul, très approximatif il est vrai, mais qui nous permettra de voir que cette différence est possible. Imaginons un généraliste qui reçoit pour son activité des remboursements Inami de 150. 000 euros par an. On peut estimer que ses frais de fonctionnement (locaux, voiture, matériel, assurance, …) sont de l’ordre de 30%. Les cotisations sociales lui prennent quelque 20% et les impôts se situent au bas mot au niveau de 35% de l’imposable. Notre rapide calcul nous amène à estimer que le revenu net de ce généraliste-type se situe autour des 60.000 € par an, soit 5.000 € par mois. L’enquête relève un revenu net moyen de 4.707 euros dans l’échantillon interrogé. C’est donc un chiffre vraisemblable. Le fait que l’enquête ne prenne en considération que les remboursements Inami ne change pas grand-chose, tout au moins pour les médecins conventionnés. La part du ticket modérateur reste peu importante et le total des rentrées qui en découle dépend de la proportion de patients BIM dans une patientèle donnée. 

Ce qu’il faut se demander, c’est à quoi correspond un tel chiffre au niveau sociétal. La semaine de travail du généraliste dure en moyenne 50 heures, ce qui l’amène à gagner moins de 25€/h. Au regard des études, des responsabilités, des risques assumés et du service rendu à la société, c’est peu glorieux.

On comprend pourquoi tant de généralistes ne sont pas satisfaits de leurs revenus. Avec tout cela, il faut se souvenir que le médecin travaillant sous statut d’indépendant doit s’attendre à une pension de retraite plus que modeste. Il doit donc pouvoir cotiser à d’autres piliers de pension pour s’assurer des revenus tenables après l’arrêt de son activité. Celui qui est en société trouvera sans doute dans ce statut quelque avantage au long de sa carrière. Mais s’il se paye sans exagérer afin de ne pas être trop imposé, la base de calcul pour le montant de sa retraite restera limitée, elle aussi.

Quant aux impôts, parlons-en. Si un contrôle fiscal est effectué, les frais de voiture, par exemple, sont d’office rabotés de 25%. C’est parfaitement acceptable mais les 75% restants peuvent être soumis au pouvoir discrétionnaire du contrôleur. En vertu de ce pouvoir, Il est arrivé que des confrères voient leurs 75% encore amputés d’une partie substantielle. Est-ce en raison de cet adage qui a la vie dure et qui prétend que « tous les indépendants trichent » ?

Il existe des fonctionnaires nettement mieux rémunérés que notre généraliste-type. Leur salaire horaire correspond au moins à 30€, donc nettement plus que celui du médecin. Cela, pour des responsabilités relativement limitées par rapport à celles du médecin. Et surtout pour des horaires de travail fixes et en principe limités à 38h/semaine. Leur pension à eux sera bien plus confortable que celle de l’indépendant. Ils bénéficient des congés payés, d’un 13e moins, voire de tickets restaurant et sont rémunérés en cas de maladie.

Le généraliste est réduit à un tarif horaire effectif relativement faible, alors que d’autres professions libérales pratiquent des honoraires nettement plus élevées que 30 €/h. Il n’est pas rare que cela dépasse largement les 100 €/h. Les chiffres, c’est une chose mais leur signification en est une autre.

Lire aussi: Que gagne aujourd'hui un médecin généraliste en Belgique ?  

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Derniers commentaires

  • Charles KARIGER

    12 février 2024

    Et voilà qu’apparaît l’imbécilité du niveau actuel des nano-honoraires.
    Quoi qu’en « pensent » les idéologues de tout poil, industriels, éclodologistes ou néomarxistes, la bonne médecine est et restera un produit coûteux.
    Mais peut-être pourrait-on, on ne sait jamais, convaincre les Belges de se contenter de dispensaires coloniaux et d’officiers sanitaires…
    En attendant, prévenons les jeunes: ils feront leurs domiciles à vélo, mais pas par goût de l'exercice physique car depuis les années soixante déjà, nos G.O. (grands organisateurs) savent clairement que les budgets de la sécu seraient incapables de financer des médecins salariés. Leurs nano-honoraires n'augmenteront jamais autant que leurs frais.


  • Bertrand Camus

    08 février 2024

    Sans compter les frais multiples, liés aux assurances par exemple, aux couts exorbitants d'un employé administratif pour le téléphone et le reste, etc etc. Si j'avais un net de 4700€ je serais heureux, j'en suis à environ la moitié.