La suppression du remboursement des phonoconsultations a suscité une vive réaction au sein du corps médical, en particulier chez les généralistes francophones. Interrogés sur l’avenir de cette pratique, près de 400 médecins ont livré leurs réflexions sur son rôle, ses bénéfices et les conditions d’un éventuel retour sous remboursement.
Entre outil incontournable et nécessité de régulation, leurs avis traduisent un besoin d’adaptation du système de soins aux réalités du terrain, mais aussi des réticences face à une pratique qui, selon certains, aurait altéré le rapport au soin.
Un outil devenu indispensable pour certains, une dérive pour d’autres
De nombreux médecins considèrent la phonoconsultation comme une évolution naturelle de la pratique médicale, facilitant le suivi des patients et permettant une prise en charge plus fluide. « C’est un outil précieux, tant pour le médecin que pour le patient. À remettre absolument ! » insiste un généraliste. Beaucoup rappellent que la consultation par téléphone ne remplace pas la consultation physique, mais qu’elle joue un rôle complémentaire qui améliore la gestion du temps médical. « Il y a des cas où il n’est pas nécessaire de voir le patient physiquement. Lui éviter un déplacement inutile, c’est aussi une manière de mieux soigner. »
La nécessité de cet outil s’impose d’autant plus dans un contexte de pénurie médicale. « Le Covid a ouvert la porte à la phonoconsultation, il est compliqué de faire marche arrière. Nous manquons de médecins, nous sommes débordés, et on nous enlève un moyen efficace de gérer notre temps. » Plusieurs praticiens estiment même que la téléconsultation pourrait, à terme, réduire le coût global des soins de santé en évitant des consultations inutiles et en favorisant un meilleur suivi des pathologies chroniques.
Mais d’autres médecins estiment que cette évolution a eu un impact négatif sur la relation patient-soignant. « Je pense que la téléconsultation n'aurait jamais dû exister. Les patients ont pris de mauvaises habitudes, les médecins aussi, et le retour en arrière est impossible. Difficile de demander à un patient de venir en consultation et de payer pour quelque chose qu'on faisait par téléphone sans demander le moindre centime. Cependant, je ne souhaite pas travailler bénévolement. Peut-être faudrait-il communiquer plus sur ce sujet au grand public et rappeler que la consultation physique est importante et nécessaire. »
Un cadre clair pour éviter les abus
Si beaucoup de médecins plaident pour une réintégration de la phonoconsultation sous remboursement, plusieurs d’entre eux demandent un cadre strict afin d’éviter les dérives. « Il faut bien l’encadrer pour éviter que certains en abusent. Ce sont les excès d’une minorité qui pénalisent la majorité des praticiens honnêtes. » Certains regrettent que le système précédent ait permis des facturations injustifiées et que cela ait précipité la suppression brutale du remboursement. « Je comprends qu’il y ait eu des abus, mais pourquoi ne pas les sanctionner au lieu de supprimer purement et simplement un outil utile ? »
D’autres estiment au contraire que la suppression du remboursement était nécessaire pour recentrer la médecine sur l’essentiel. « Les médecins généralistes et spécialistes devraient à nouveau se concentrer sur le contact auprès du patient, au chevet, en cabinet. Trop de médecins ont abusé des consultations téléphoniques simplifiées. » Certains jugent la téléconsultation incompatible avec leur pratique. « Je considère que la phonoconsultation n'a pas sa place en médecine. Je soutiens entièrement la suppression du code. »
Un accès aux soins facilité pour les patients vulnérables
Un autre argument fréquemment avancé concerne les patients qui rencontrent des difficultés à se déplacer. « Avec le vieillissement de la population, la phonoconsultation va devenir essentielle. Un octogénaire qui a du mal à sortir de chez lui n’a pas toujours besoin d’une consultation physique. Lui refuser un suivi téléphonique remboursé, c’est pénaliser encore plus les personnes fragiles. »
Certains médecins affirment que la suppression du remboursement a conduit certains patients à négliger leur suivi médical. « Avant, je pouvais suivre mes patients diabétiques à distance, ajuster leurs doses, les rassurer. Aujourd’hui, soit ils doivent prendre rendez-vous et attendre, soit ils ne me consultent plus du tout. C’est un retour en arrière. » Un autre souligne que l’impact est encore plus grand dans les zones rurales. « Quand on est le seul médecin dans un rayon de 30 kilomètres, on ne peut pas recevoir tout le monde en consultation. La téléconsultation permettait de prendre soin des patients les plus isolés. »
Un outil à réserver à certains types d’actes ?
Si certains médecins plaident pour un remboursement intégral, d’autres estiment que la phonoconsultation ne devrait s’appliquer qu’à certains cas précis. « Je suis généraliste et je pense que la téléconsultation ne peut pas remplacer l’examen clinique. Mais pour le suivi d’un traitement, l’interprétation d’un bilan sanguin ou un ajustement médicamenteux, c’est parfaitement adapté. »
Certains suggèrent que la phonoconsultation ne soit remboursée que si elle s’inscrit dans le cadre d’un suivi structuré. « Un patient qui a été vu récemment peut bénéficier d’un suivi téléphonique remboursé. Mais un patient inconnu qui appelle pour un simple conseil ne devrait pas générer une consultation facturable. »
Un sentiment d’injustice face aux décisions politiques
Au-delà des arguments médicaux, plusieurs médecins expriment leur incompréhension face à la suppression brutale du remboursement. « Pourquoi supprimer un outil qui fonctionnait bien et qui bénéficiait à tous ? On va droit dans le mur avec ces changements. »
D’autres estiment que cette décision est en contradiction avec les réalités du terrain. « On nous demande de gérer toujours plus de patients, avec moins de moyens. Et en plus, on nous enlève une solution efficace ! » Certains pointent aussi l’absence de dialogue avec les médecins avant cette suppression et réclament une consultation des professionnels de terrain pour toute réforme future. « On décide dans des bureaux ministériels, loin de la réalité du terrain. Aucun médecin n’a été consulté avant cette décision absurde. »
Un retour nécessaire, mais sous quelles conditions ?
Comme on l'a vu dans les résutats du sondage , une majorité de médecins plaide pour le retour d’une forme de remboursement, mais sous des conditions strictes, afin d’éviter les abus du passé. Loin d’être une simple commodité, cet outil est perçu par beaucoup comme une évolution incontournable du métier, capable d’améliorer l’accès aux soins et d’optimiser la prise en charge des patients.
D’autres considèrent au contraire que cette suppression marque un retour nécessaire à une pratique médicale plus centrée sur la consultation en présentiel, et que la phonoconsultation ne devrait pas être une alternative systématique.
Les autorités de santé devront donc trancher entre le risque d’abus et l’indéniable besoin d’un outil adapté aux nouvelles réalités médicales. Pour nombre de médecins, il est urgent d’agir. « Si rien ne change, nous perdrons un outil essentiel. Et ce sont les patients qui en souffriront. » D’autres, au contraire, une minorité , estiment que la page doit être tournée. « C’est une bonne chose que le code ait été supprimé. On revient enfin à une vraie pratique médicale. »
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