Ethique: le Pr Cogan dénonce les abus diagnostiques et thérapeutiques

Il existe des cas où un diagnostic médical n’est pas nécessairement fondé sur des bases solides. Il peut y avoir à cela plusieurs raisons. Mais les conséquences pour la santé du patient et pour le budget de la santé ne sont pas anodines, loin de là. La vigilance s’impose face à des méthodes diagnostiques et thérapeutiques non éprouvées.   

Au 20e Colloque d’Ethique du Chirec, le Pr ém. Elie Cogan (ULB) a dénoncé les diagnostics mal fondés et les traitements qui s’ensuivent. « Certains médecins ont tendance à diagnostiquer des maladies sur des bases non fondées et à traiter ces patients de manière inappropriée » a-t-il souligné d’emblée. Et de citer comme exemple le cas de l’hypothyroïdie. Faisant fi des recommandations de toutes les sociétés scientifiques, certains praticiens s’appuient sur le dosage des hormones thyroïdiennes urinaires que pratiquent à tort quelques laboratoires pour confirmer une hypothèse diagnostique d’hypothyroïdie infondée.

En plus de cela, un vent pseudoscientifique soufflant sur ces praticiens a incité ces soi-disant experts à dresser des listes de symptômes sensés permettre un diagnostic sur la seule base clinique. « Ces listes ne sont malheureusement que des compilations de symptômes parfaitement non spécifiques. Le drame est qu’en plus de cela, il arrive que soient proposés à ces patients qui n’en ont pas besoin des traitements douteux et coûteux pour le patient car non remboursés par la sécurité sociale » a déploré le Pr Cogan.

Des situations similaires existent encore actuellement avec des entités pathologiques difficiles à cerner, telles que la fatigue chronique ou une forme de maladie d’Ehlers-Danlos pour laquelle il n’existe pas de test génétique. La maladie de Lyme est surdiagnostiquée elle aussi, en s’appuyant sur des tests dépassés réalisés dans des laboratoires hors frontières. En conséquence, des patients reçoivent des antibiotiques, éventuellement au long cours, alors que cela ne se justifie pas.

Lors de la table ronde qui a clôturé le colloque, il a été rappelé que des bases de données scientifiques reconnues telles que PubMed, ne sont plus un gage de qualité absolue car elles sont polluées par des articles de faible qualité voire publiées dans des revues dites prédatrices sans réelle révision par des pairs.  Il est recommandé de s’appuyer sur les recommandations des sociétés scientifiques reconnues seuls guides de la bonne pratique.

Les conséquences d’une pratique médicale qui ignore ces recommandations peuvent être dommageables pour le patient et les coûts pour le système de santé sont au-delà de ce qu’ils devraient être. « N’y a-t-il pas dans ces cas une convergence d’intérêt entre les médecins et les laboratoires de biologie clinique qui utilisent ces méthodes non reconnues ? » s’est interrogé Elie Cogan.

Il faut toutefois rester nuancé. Il est vrai aussi que les critères de normalité peuvent avoir évolué. Au cours de la table ronde, le cas de la « normalité » de la cholestérolémie a été évoqué : les valeurs considérées comme normales ont drastiquement chuté en deux ou trois décennies. Ce qui était normal et non justifiable d’un traitement il y a 20 ou 30 ans ne l’est nullement plus aujourd’hui. 

Dans certaines situations on peut aussi invoquer parmi les causes possibles d’abus diagnostique le manque ou l’insuffisance de preuves clairement établies ou de consensus concernant la meilleure pratique. Cette situation laisse la porte ouverte à des pratiques parfois excessives. Il ne faut pas ignorer non plus l’existence de pressions exercées sur le praticien de l’art de guérir travaillant dans des institutions hospitalières. Ces pressions concernant la productivité ou l’efficacité peuvent avoir une influence sur ses choix des méthodes diagnostiques.

Enfin une dernière réalité doit être dénoncée. Le patient a certes le droit de s’informer. Mais ses sources ne sont pas nécessairement recommandables. Et il arrive malheureusement que la presse fasse caisse de résonnance de fake news émises par certains médecins, comme pour la maladie de Lyme chronique, avec des titres du genre « L’épidémie qu’on vous cache » laissant la porte ouverte au complotisme dont s’empare les réseaux sociaux.

Toutes ces errances sont donc à dénoncer, a insisté le Pr Cogan sans occulter la réalité des patients qui souffrent de symptômes auxquels la médecine actuelle ne trouve pas d’explication et auxquels elle ne peut proposer de traitement satisfaisant. « Face à des symptômes non expliqués par des atteintes organiques » a conclut le Pr Cogan, « n’oublions pas de prendre en considération la réelle souffrance de personnes en quête d’identité diagnostique ».

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Derniers commentaires

  • Catherine WARNOTTE

    20 février 2024

    Tout est dit! Merci infiniment !

  • Catherine MARNEFFE

    13 février 2024

    Merci beaucoup professeur Cogan ????☺️J’ai beaucoup apprécié votre article , toujours aussi bien rédigé de façon synthétique et précise , qui ne fait que confirmer ma pratique … où je rencontre soudain une augmentation impressionnante de patientes , même très jeunes , souffrant de maladie d’Ehlers Danloz , dnailleurs toujours diagnostiquée par le même médecin Bruxellois . Merci , Catherine Marneffe

  • Catherine LE CLEMENT DE SAINT-MARCQ

    13 février 2024

    Merci pour l'article, il y a, en effet, de l'abus dans certaines pratiques médicales, ce qui coûte cher à la société, sans fondement. Il serait temps de mettre de l'ordre dans tout cela, et ne pas donner de faux espoirs à des patients incrédules. Concernant la maladie de lyme il y a des patients qui ont pris ou prennent toujours des antibiotiques au long cours, sans fondement scientifique.
    " Les conséquences d’une pratique médicale qui ignore ces recommandations peuvent être dommageables pour le patient et les coûts pour le système de santé sont au-delà de ce qu’ils devraient être. « N’y a-t-il pas dans ces cas une convergence d’intérêt entre les médecins et les laboratoires de biologie clinique qui utilisent ces méthodes non reconnues ? » s’est interrogé Elie Cogan." C'est tout à fait vrai et nuisible pour la médecine honnête et responsable. La difficulté c'est de faire comprendre que les patients se font abusés...
    Doc. le Clément de SM

  • Bruno LULLING

    13 février 2024

    Merci Professeur !

  • Christine LAMBIN

    13 février 2024

    Merci Professeur Cogan ! Le Syndrome d'Ehlers Danlos hypermobile n'est malheureusement pas encore assez enseigné. Que d'errances médicales, de diagnostics erronés et d'opérations pratiquées alors qu'elles étaient déconseillées, n'ont pas tenu et ont même aggravé la situation des patients Sed !!!

  • Philippe VAN VLAENDEREN

    13 février 2024

    Enfin, une personnalité médicale ose dire tout haut ce que nous sommes nombreux à savoir. Merci!

  • Etienne VAN HONACKER

    13 février 2024

    Dr Etienne Van HONACKER : la médecine est à la fois un art et une science ....et scientifique, elle doit le rester !

  • Jean-Pol BEAUTHIER

    13 février 2024

    Absolument d’accord ! Que d’importantes réflexions.

  • Alain Sibille

    13 février 2024

    Et aussi les pseudo allergies alimentaires , basées sur des IgG anti aliments.

  • Freddy Piron

    12 février 2024

    Farid Fata, un cancérologue réputé d'origine libanaise, était à la tête d'une série de cliniques dans la banlieue de Detroit. Pendant des années, il a prescrit quantité de traitements les plus coûteux possible, même quand le patient n'en avait pas besoin, pour soutirer de l'argent aux assureurs privés et à l'assurance publique Medicare. Il leur a facturé ainsi près de 35 millions de dollars, dont il a touché au moins 17 millions en remboursements, devenant l'oncologue le mieux payé du pays. Il a finalement été arrêté en 2013.

    Selon la justice, 553 personnes ont sans doute reçu des traitements non nécessaires. Certains patients n'avaient pas de cancer, d'autres étaient à un stade terminal et la chimio les a achevés, d'autres encore ont reçu des doses carabinées sans raison, ou étaient en rémission, mais le docteur Fata leur imposait de la chimio « d'entretien » et d'autres médicaments parfois sur trois ans, ce qui a détruit leurs défenses immunitaires. Quand les patients l'interrogeaient, il disait qu'il avait recours à des traitements « européens » ou « français » novateurs. Il refusait aussi de communiquer le dossier médical, ce qui empêchait ses patients de consulter un autre médecin.

  • Maximilien Kutnowski

    12 février 2024

    Bravo et merci, Elie!

  • Yves HESTERMANS

    12 février 2024

    En matière d'Ehlers-Danlos, il y a effectivement un surdiagnostic, entretenu par des collègues pas très scrupuleux qui remettent un questionnaire au patient.
    Si ce dernier répond positivement à (presque toutes ) les questions, il est positif et se voir affublé d'un diagnostic qui lui permet de revendiquer une incapacité à vie, sans compter les surcoûts de l'oxygénothérapie.
    Les médecins pratiquant l'expertise en voient régulièrement.

  • Charles Berliner

    12 février 2024

    Merci Elie Cogan pour cette brillante dénonciation des médecines parallèles.
    Oui il faut continuer l’accréditation et tout ce qui protège la vraie médecine de ces dérives néfastes.
    Mais en outre il faut renforcer notre présence dans des médias trop ouverts à ces pratiques pseudo scientifiques.
    Dr Charles Berliner

  • Harry Dorchy

    12 février 2024

    DES ECONOMIES POURRAIENT AUSSI ETRE REALISEES PAR UN CHOIX JUDICIEUX DANS LES TRAITEMENTS DU DIABETE DE TYPE 1.

    En 2015, a été publié un article sur mes "recettes" pour obtenir une bonne HbA1c et j'y expliquait que l'usage d'une pompe à insuline n'était indiqué que dans quelques cas bien précis (1). Dans les 4 comparaisons internationales du Hvdoere Study Group on Chilhood Diabetes" (1995 à 2009), qui comprenai, au total, des milliers d'enfants et adolescents non sélectionnés dans une vingtaine de pays industrialisés (Europe, États-Unis, Canada, Australie, Japon), les meilleurs taux d'HbA1c ont été obtenus à l'HUDERF, avec une HbA1c moyenne de 7,3 et 7,4% (dosage centralisé au Danemark, DCCT aligned, limite normale supérieure: 6,3%)
    Et ces résultats ont été reconnus internationalement (2). Cameron et al concluent: "
    "The Hvidoere member in question is highly charismatic and has a very prescriptive, ‘recipe’-based approach to managing diabetes in his clinic. He prescribes mostly twice daily free mixing injections of insulin and eschews, a flexible approach to dietary intake. This does not appear to be at the expense of either hypoglycemia or QOL in his patient group. This experience is emblematic that consistently excellent outcomes can be achieved by simple, ‘non-intensive’ insulin regimens that are underpinned by a strong philosophy of care". Their recommendation is: "be dogmatic about outcome and flexible in approach" (2).

    Les systèmes de contrôle en boucle fermée pour injecter l'insuline (pancréas artificiel)
    peuvent améliorer les résultats glycémiques chez des jeunes enfants sélectionnés avec un DT1, comme illustré dans l'essai multicentrique PEDAP incluant 68 jeunes enfants pendant 13 semaines (3). Au début de l'étude, le taux moyen d'HbA1c étaient 7,5% (critique: le dosage n'était pas centralisé). Après 13 semaines, il descendait à 7,0%, soit une légère diminution. Ceci est réalisé avec matériel complexe très coûteux avec un suivi intense.


    Hélas le lobbying rémunérateur des "pompistes" a influencé trop de diabétologues, ce qui, en prime, coûte inutilement cher à l'INAMI/RIZIV! Sans compter que le port d'une pompe empêche ou complique certaines activités sportives.

    Conclusion:
    Il est possible d'obtenir de bons taux d'HbA1c avec des méthodes beaucoup moins coûteuses que celle utilisée dans l’étude PEDAP (3), ce qui est n'est pas à négliger dans les pays où la Sécurité Sociale doit épargner ses ressources pour d'autres remboursements de médicaments indispensables et, a fortiori dans les pays sans Sécurité Sociale.
    Cette bonne nouvelle devrait rassurer de nombreux pédiatres diabétologues à travers le monde:
    DIABETIC CHILDREN: BE DOGMATIC ABOUT OUTCOME AND FLEXIBLE IN APPROACH (2,4)



    (1) Dorchy H. One center in Brussels has consistently had the lowest HbA1c values in the 4 studies (1994-2009) by the Hvidoere International Study Group on Childhood Diabetes: What are the "recipes"? World J Diabetes. 2015 Feb 15;6(1):1-7. doi: 10.4239/wjd.v6.i1.1. PMID: 25685273; PMCID: PMC4317302. (l'accès à cet article est libre)
    (2) Cameron FJ, de Beaufort C, Aanstoot HJ, Hoey H, Lange K, Castano L, Mortensen HB; Hvidoere International Study Group. Lessons from the Hvidoere International Study Group on childhood diabetes: be dogmatic about outcome and flexible in approach. Pediatr Diabetes. 2013 Nov;14(7):473-80. doi: 10.1111/pedi.12036. Epub 2013 Apr 30. PMID: 23627895.
    (3) Wadwa RP, Reed ZW, Buckingham BA, et al. Trial of hybrid closed-loop control in young children with type 1 diabetes. N Engl J Med. 2023;388(11):991-1001.
    (4) Dorchy H. Diabetic Children: Be Dogmatic About Outcome and Flexible in Approach. Med Clin Sci. 2023; 5(7):1.

  • Bruno PUTZEYS

    12 février 2024

    Enfin un discours de bon sens qui malheureusement est noyé dans une sur(mes)information relatée par les réseaux sociaux
    seul un expert de votre notoriété, avec votre connaissance sera écouté
    et que dire de la fibromyalgie etc

  • Alain Bachy

    12 février 2024

    Suis peut-être naïf, mais je ne pense pas qu'il ait fréquemment des pressions sur les médecins hospitaliers en ce qui concerne le choix des méthodes diagnostiques. Néanmoins la gestion financière des hôpitaux est difficile (beaucoup sont dans le rouge) et il me semble normal que les médecins qui y exercent soient informés du coût/bénéfice des différents appareillages. Je ne pense pas. non plus qu'il y ait souvent convergence d’intérêt entre les médecins et les laboratoires de biologie clinique mais il est utile que les biologistes informent rigoureusement des nouveaux tests pratiqués, de leur intérêt et leur coût.
    Pour remédier aux dénonciations du Pr. Cogan, les médecins doivent resté formés pendant toute leur carrière professionnelle. Pour favoriser la formation continue, la Santé Publique a inventé l'accréditation et pour la rendre attractive, un avantage financier y est joint. La participation à un GLEM permet l'échange entre pairs, et notamment des difficultés diagnostiques et thérapeutiques. L'accréditation devrait être obligatoire du début à la fin de la carrière professionnelle. Il y va de l'intérêt du patient mais aussi du médecin, tant du point de vue scientifique que financier.

    Dr. Alain BACHY

  • Bernard Defer

    12 février 2024

    Oui tout à fait, on me demande des radios des côtes alors que l échographie est de loin supérieure, pour les crises cardiaques nocturnes ( 3 h du matin) avec un examen cardio négatif rechercher une pierre à la vésicule ( angor nitrique), stéatose faire en premier un scanner, entorse une échographie et j en passe !

  • Charles KARIGER

    12 février 2024

    Merci, Monsieur Cogan.

  • Alexandra Vandergheynst

    12 février 2024

    Bravo au Professeur Cogan pour ce rappel aussi rationnel que courageux

  • Jean DUCOBU

    12 février 2024

    Cela fait du bien de voir ces rappels de bon sens. Les patients désemparés qui ont des symptômes fonctionnels souvent pénibles sont la proie de gourous qui eux vont trouver à force d’analyses inutiles des maladies que les autres médecins n’ont pas trouvées.
    Les abus de la médecine anti âge et de la médecine fonctionnelle sont de même nature.
    Merci à Elie COGAN de rappeler la nécessité de la rigueur scientifique assortie de l’écoute empathique.